Certaines personnes se permettent davantage qu'un simple coup d'oeil aux oeuvres d'art décorant les édifices gouvernementaux.

Steve Rennie LA PRESSE CANADIENNE

Des registres du Conseil des Arts du Canada démontrent que des voleurs sont repartis avec des pièces d'art qui étaient affichées dans des bureaux du gouvernement fédéral, d'aéroports et d'universités.

Une liste dont La Presse Canadienne a obtenu copie en vertu de la Loi d'accès à l'information indique que les vols d'oeuvres d'art ont totalisé au fil des ans plus de 80 000$.

Ce ne sont toutefois pas toutes ces pièces qui ont été volées.

Une oeuvre a notamment été vendue dans une vente aux enchères après qu'une personne l'eut rapporté par erreur au service d'objets perdus de l'aéroport Mirabel.

Le gouvernement avait acheté une tapisserie de l'artiste canadienne Ann Newdigate («Creatures of Habit») au coût de 5570$. Personne ne sait combien l'oeuvre a rapporté lors de l'encan, ni où elle se trouve aujourd'hui.

La directrice de la Banque d'oeuvres d'art du Conseil des Arts du Canada, Victoria Henry, a souligné que le nom de son établissement figurait assurément sur la tapisserie.

Elle a ajouté que les assurances avaient couvert les frais de la perte de cette oeuvre.

Parmi les autres pièces volées figurent des peintures, des photographies et des sculptures de pierre.

La collection de la Banque d'oeuvres d'art représente la plus importante collection d'art contemporain canadien, avec quelque 17 000 pièces effectuées par 2500 artistes.

La valeur de la collection d'origine avait été estimée à 18 millions $, alors qu'elle vaut aujourd'hui 70 millions $.

Les entreprises, les ministères et les agences peuvent louer des pièces d'art de la collection et les installer dans leurs locaux ou dans des espaces publics. Il en coûte annuellement entre 120 et 3600$ pour louer une telle oeuvre d'art.

Le Conseil canadien a fait savoir qu'environ 5000 pièces étaient actuellement louées par des bureaux gouvernementaux, des hôpitaux, des écoles et des compagnies.

Mme Henry a défendu les registres de son organisme, plaidant que seulement 201 pièces d'art avaient été volées depuis l'ouverture de la banque, en 1972. La directrice de la banque a affirmé qu'il s'agissait là d'un faible nombre de vols en 40 ans d'existence.

«Nous avons loué plus de 250 000 pièces d'art au total», a rappelé Mme Henry.

Ce sont les bureaux de la CBC qui ont été le plus souvent ciblés par des voleurs, 16 vols se sont déroulés dans les locaux de la société d'État à travers tout le pays.

Le ministère des Travaux publics a été volé neuf fois dans ses locaux de Vancouver, Montréal, Gatineau, Halifax et St. John's.

Une sculpture de l'artiste inuit Enook Manomie a été dérobée dans un édifice de la Sécurité publique, de même que des photos de Robert Boffa dans deux autres bureaux du ministère.

«Les espaces publics sont publics», a souligné Mme Henry.

«La pièce d'art se trouve habituellement dans un lobby et il y a souvent une réceptionniste, un commissionnaire. C'est plutôt surprenant lorsqu'une oeuvre majeure disparaît», a-t-elle poursuivi.

Ces vols se sont déroulés dans des locaux du ministère de l'Immigration, des hôpitaux, des universités et des collèges.

Par ailleurs, quelque 100 pièces d'art totalisant 413 884$ ont été endommagées, sans espoir d'être restaurées.

La plupart de ces oeuvres ne pouvant être réparées sont des sculptures en fibre de verre, et elles ont été endommagées dans des entrepôts et des quais de chargement.

Mme Henry a toutefois soutenu que plusieurs de ces oeuvres se détérioraient naturellement avec le temps.