Le comédien Jean-François Harrisson, accusé de possession, distribution et importation de pornographie juvénile, a été condamné à 20 mois de prison lundi matin au palais de justice de Montréal.

Catherine Handfield LA PRESSE

Le juge Jean-Pierre Boyer s'est rangé derrière la suggestion commune faite par les avocats, Anne Gauvin pour la Couronne et Jean Dury pour la défense.

Les procureurs se sont basés sur un jugement prononcé en Ontario. Ils ont demandé que Harrisson écope d'une peine de prison identique à celle de Robert Norman Smith, une vedette de publicité de bière inculpée de possession de pornographie juvénile en 2008.

Comme il est incarcéré depuis cinq mois et demi, Harrisson n'a plus que neuf mois et demi de prison à purger. Le temps qu'il a passé en détention préventive compte double, puisqu'il a été emprisonné juste avant que nouvelle loi entre en vigueur.

«Hébéphile»

Pendant ses représentations, la procureure de la Couronne, Me Gauvin, a cité des extraits d'un rapport produit par le Centre d'intervention en délinquance sexuelle. Ses auteurs concluent que Jean-François Harrisson, ex-vedette d'émissions pour adolescents à VRAK.TV, est atteint de problématiques d'«hébéphilie» (une déviance sexuelle axée sur les adolescents) et de compulsion sexuelle.

Anne Gauvin a énuméré des circonstances aggravantes dans la cause. Elle a rappelé que les policiers ont découvert quelque 19 000 photos d'enfants victimes d'agression sexuelle et plus de 9000 autres photos d'enfants nus dans l'ordinateur de Harrisson. Dans le box des accusés, le comédien de 36 ans a froncé les sourcils, visiblement étonné par la quantité de matériel retrouvé.

L'avocate a évoqué l'âge des victimes - certaines n'étaient que des bébés - et la nature «odieuse» et «choquante» des photos. «Il n'est pas nécessaire de vous démontrer qu'un adolescent ou en enfant de six ans qui se fait pénétrer par un adulte, c'est dégoûtant», a-t-elle dit au magistrat.

Enfin, selon les experts qui l'ont rencontré, Harrisson a tendance à se déresponsabiliser en faisant passer le blâme sur sa consommation de cannabis et le stress au travail et à minimiser sa problématique et son besoin d'aide.

Quant aux circonstances atténuantes, Me Gauvin a rappelé que Harrisson a plaidé coupable, ce qui a permis d'éviter un procès coûteux. Il n'avait pas d'antécédents judiciaires avant son arrestation, en mars 2009, et il se montre ouvert à subir une thérapie. Enfin, il bénéficie toujours du support de sa conjointe.

Conditions

À sa sortie de prison, Jean-François Harrisson sera en probation pour une période de trois ans. Il ne pourra consommer de drogue, posséder ou utiliser un ordinateur et se trouver seul en présence de mineurs, y compris son fils de 13 ans dont il n'a pas la garde. Le juge lui a également ordonné de suivre une thérapie et d'effectuer 180 heures de travaux communautaires.

Pendant cinq ans, la vedette déchue ne pourra se trouver dans divers endroits publics fréquentés par des enfants de moins de 15 ans et occuper un travail qui le met en relation de confiance avec des enfants et des adolescents. Enfin, il devra remettre un échantillon d'ADN et son nom sera inscrit au Registre national des délinquants sexuels pendant dix ans.

À la fin de l'audience, l'avocat de la défense, Jean Dury, a souligné qu'il n'existe aucun mécanisme de prévention pour les personnes attirées par la pornographie juvénile. «Il devrait y avoir un organisme où il y aurait des rencontres pour faire de la prévention afin d'éviter d'en arriver à une situation comme a connu M. Harrisson», a-t-il conclu.