Grâce aux avancées scientifiques en matière d'ADN, les enquêteurs de la police de Laval pensent avoir épinglé l'homme responsable du meurtre de la petite Joleil Campeau, retrouvée morte dans un marais il y a plus de 16 ans. Éric Daudelin, un prédateur sexuel récidiviste de 37 ans, a été arrêté hier soir dans sa résidence à Montréal. Il a comparu ce matin au palais de justice de Laval où il a fait face à des accusations de meurtre prémédité, d'agression sexuelle et de séquestration.

Daphné Cameron LA PRESSE

Les parents et quelques dizaines de proches de la victime étaient présents lors de la comparution de Daudelin. Lors de son bref passage dans le box des accusés, l'homme de forte taille s'est placé dos à l'assistance se gardant de jeter un regard vers la foule. «Écoeurant», «trou de c**» lui ont lancé deux hommes avant qu'il ne prenne le chemin des cellules.

Après la comparution, le père de Joleil, Pierre Campeau, a admis qu'il avait perdu espoir que la police retrace un jour le meurtrier de sa fille. Il a reçu la nouvelle de son arrestation comme «une bombe». «C'était dur», a-t-il affirmé au sujet de la visite des policiers hier soir. «Je ne m'attendais pas à voir un gars de même... J'espère qu'il va être (en prison) pour longtemps.»

Le corps de Joleil Campeau a été retrouvé le 16 juin 1995 enfoncé dans plus d'un mètre et demi de vase dans un ruisseau près de sa résidence familiale, dans le secteur Auteuil. La fillette de neuf ans était disparue quatre jours auparavant. Elle ne s'était jamais rendue chez une amie à qui elle voulait rendre visite à quelques rues de sa résidence.

À l'époque, Éric Daudelin avait été rencontré par les enquêteurs, a expliqué le procureur de la couronne au dossier, Pierre-Luc Rolland. Il a souligné que c'est le résultat du progrès technique et scientifique qui a permis au ministère public de déposer des accusations aujourd'hui. «La preuve d'ADN était admissible à l'époque, mais les résultats étaient souvent partiels ou incomplets», a-t-il indiqué.

Depuis quelques mois, le laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale du Québec possède des équipements qui permettent d'extraire des liquides biologiques de tissus.

«À l'époque, nous avions retrouvé du sperme sur certaines pièces de vêtements, mais comme le corps avait séjourné quelques heures dans l'eau nous n'étions pas en mesure de l'extraire à ce moment-là. C'est grâce à de l'équipement sophistiqué reçu au cours des derniers mois que nous avons pu élucider cette affaire», a expliqué Nathalie Laurin, porte-parole à la police de Laval.

Depuis 2000, les juges peuvent ordonner le prélèvement d'échantillons d'ADN chez des individus reconnus coupables d'infractions comme meurtre, viol, agression sexuelle, voies de faits graves et enlèvement. Les données sont colligées dans la Banque nationale de données génétiques. Nathalie Laurin a expliqué que le profil génétique de Daudin se retrouvait dans la banque canadienne. «Nous avons obtenu un match parfait», a-t-elle expliqué.

Le prévenu traîne en effet un lourd passé judiciaire en matière de crimes sexuels. En 1995, il a écopé de cinq ans de prison pour avoir enlevé, séquestré et violé une jeune femme de 18 ans sous la menace d'un tournevis à Laval. Il venait tout juste d'être libéré de prison pour avoir agressé sexuellement une adolescente de 17 qu'il avait suivi dans l'autobus.

Selon des archives médiatiques, la Commission nationale des libérations conditionnelles a refusé sa libération avant la fin de sa sentence à deux reprises. La Commission avait conclu qu'il représentait un risque extrêmement élevé pour toute jeune femme qui se retrouvait sur son chemin et qu'il n'existait pas de programme assez rigoureux pour protéger la société contre le risque qu'il présentait. Daudelin refusait également de faire une thérapie et aurait même avoué qu'il craignait de tuer une prochaine victime.

Daudelin a finalement été relâché en 2002, mais est retourné en prison moins de 24 heures après sa libération pour bris de condition. Il a été libéré dix mois plus tard, mais sa sortie de prison n'a duré que quelques heures, puisqu'il a de nouveau été arrêté pour un autre bris de condition.

Éric Daudelin sera de retour devant les tribunaux le 14 septembre prochain. S'il est reconnu coupable, il pourrait écoper de l'emprisonnement à vie sans possibilité de libération avant 25 ans