La croisade du maire Jean Tremblay sera entendue en Cour d'appel.

Mis à jour le 29 mars 2011
Patrice Bergeron LA PRESSE CANADIENNE

La Cour a en effet accepté la requête du maire de Saguenay, qui conteste l'interdiction de réciter la prière avant la séance du conseil municipal.

Le juge Lorne Giroux a rendu sa décision mardi après-midi, après avoir entendu les parties vendredi, au palais de justice de Québec.

La Cour d'appel entendra le 4 avril une demande de sursis de la Ville, pour continuer à réciter la prière jusqu'à ce que la cause soit entendue.

Les avocats devront par ailleurs préparer leur mémoire pour les soumettre à la Cour, qui n'a pas encore fixé de date d'audition. Le maire a pour sa part confirmé qu'il est prêt à se rendre jusqu'à la Cour suprême s'il le faut.

M. Tremblay veut faire casser par la Cour d'appel un jugement rendu par le Tribunal des droits de la personne, à la suite d'une plainte d'un citoyen. La décision le forçait à ne plus réciter la prière, à retirer le crucifix et la statue du Sacré-Coeur dans l'enceinte du conseil, et à payer des dommages de 15 000 $ au citoyen lésé.

«Je suis content, je suis même très content», a commenté le maire, en entrevue téléphonique mardi après-midi.

«C'est sûr que moi, un Tremblay, du Saguenay-Lac-Saint-Jean, un Canadien français catholique, ou Québécois, pour moi c'est la base de notre culture ici. Si on laisse aller tout ce qui nous distingue, ça va être quoi les Canadiens-français dans quelques années?»

Il espère que sa cause servira à éveiller les consciences, même à intéresser les jeunes à la foi, parce qu'en ce moment les Québécois «sont trop mous» et manifestent leur détresse morale, notamment par la surconsommation d'antidépresseurs, a évoqué le maire.

«Ça va tout ensemble, ça. (...) Faut se réveiller! a-t-il dit. Je ne sais pas où est rendue notre fierté.»

Il affirme que les appuis reçus depuis quelques semaine le confortent dans sa cause. Il a recueilli des dons de 2500 personnes totalisant plus de 161 000 $ pour sa bataille juridique.

«Et ça (les fonds) continue d'entrer. On va avoir besoin de ça, parce qu'on sait que ça va coûter cher. On sait que ça peut aller jusqu'en Cour suprême.»

L'avocate du maire, Me Isabelle Racine, avait fait valoir devant la Cour d'appel qu'une telle interdiction de la prière risquait de menacer d'autres institutions ou traditions, comme l'hymne national, les assermentations, la monnaie, les monuments ou les congés fériés, qui sont souvent reliés aux fêtes religieuses.

Me Racine avait fait valoir qu'en Ontario, le tribunal avait plutôt autorisé la récitation de la prière, contredisant en cela des jugements au Québec.

L'avocate avait donc invité la Cour d'appel à mieux définir le concept de la neutralité de l'État.

Le Mouvement laïque québécois, qui s'oppose à la récitation de la prière au conseil municipal, reprochait au maire Tremblay de vouloir faire de Saguenay une municipalité confessionnelle, comme les commissions scolaires catholiques et protestantes d'il y a quelques années.