Le gérant du café-bar Ferrari, Vincenzo Padula, a dit hier devant la Régie des alcools que les gangs de rue causent tellement de problèmes dans Rivière-des-Prairies qu'il souhaite déménager son établissement dans un autre quartier.

Mis à jour le 24 mars 2011
André Noël LA PRESSE

M. Padula, 32 ans, a cependant nié vendre de la drogue, comme l'avait soutenu un expert du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) la veille. Il a affirmé aussi que les gangs de rue ne menaçaient pas son bar plus que les autres commerces de Rivière-des-Prairies.

Le SPVM a convaincu la Régie des alcools, des courses et des jeux de fermer le bar en juin dernier parce que les policiers considéraient que la poursuite de ses activités constituait un danger pour la sécurité publique.

Caterina Padula, propriétaire du café-bar Ferrari, conteste cette ordonnance et demande la possibilité de rouvrir le bar. Son fils Vincenzo Padula a pourtant révélé, hier, que des démarches avaient été entreprises pour le déménager en banlieue de Montréal, justement à cause des gangs de rue.

«Il y a un problème de gangs dans le secteur, a-t-il dit. Si on l'avait su, on n'aurait pas acheté le bar (en 2008). C'est un problème général. Ma mère a emprunté 240 000$, et on veut continuer nos activités, mais ailleurs.»

M. Padula a soutenu que le café-bar Ferrari ne constituait pas un cas à part. «Les gangs, ç'a été aussi un problème pour le D-Lounge (autre bar lui aussi fermé par la Régie des alcools). C'est un problème partout à Rivière-des-Prairies, et pas juste dans les bars. Dernièrement, je suis allé dans un lave-auto du quartier qui existe depuis 30 ans. Le propriétaire se fait harceler par les gangs.»

De son côté, le sergent-détective Jean-Claude Gauthier a dit à la Régie que le café-bar Ferrari et le D-Lounge, tous les deux situés avenue André-Ampère, étaient devenus les cibles des Bo-Gars, un gang de rue «rouge», et de leurs associés, qui cherchent à contrôler le trafic de drogue dans le quartier.

M. Gauthier a soutenu que Vincenzo Padula vendait de la drogue et utilisait les gangs de rue, mais qu'il refusait de les payer. Selon lui, un groupe affilié aux Bo-Gars, les 44 Unit, a envisagé de l'assassiner. Un policier a prévenu M. Padula que sa vie était en danger, mais ce dernier a dit hier à la Régie qu'il ne lui avait pas dit pourquoi. Tout le long de son témoignage, il s'est présenté comme un honnête gérant, ne prenant pas de drogue et n'en vendant pas, n'ayant aucune arme et ne connaissant aucun membre de gang de rue.

Les problèmes du café-bar Ferrari ont commencé le 21 mars 2009. Cette nuit-là, «des hommes de race noire ont fracassé la vitrine extérieure en lançant quatre briques en direction de l'établissement», indique un avis de la Régie des alcools. Le 30 décembre 2009, «trois individus de race noire sont entrés dans l'établissement», ajoute le document de la Régie. «Celui qui avait en sa possession une mitraillette l'a pointée vers les clients en faisant semblant de tirer. Ils ont quitté sans faire feu.»

Dans la nuit du 28 au 29 mai 2010, quatre membres d'un gang de rue sont entrés dans le D Lounge. Un coup de feu a été tiré. Peu après l'arrivée des policiers, d'autres coups de feu ont retenti, en provenance des environs du bar Ferrari. Le 3 juin, des policiers ont vu M. Padula et son frère Emmanuel accueillir dans le bar Ezekiel Monuma, un membre connu des Bo-Gars. C'est alors que la police a demandé la suspension du permis du bar. Les audiences reprendront le 6 mai, avec le témoignage de la propriétaire, Caterina Padula.