Le nombre d'homicides perpétrés à Montréal a grimpé en 2010, mais la police fait valoir que les données sont en phase avec les moyennes annuelles d'autres villes de taille comparable.

Sidhartha Banerjee LA PRESSE CANADIENNE

La police de Montréal a signalé 37 homicides pour l'année, comparativement à 31 en 2009.

À Toronto, la métropole canadienne, 60 homicides ont été signalés en 2010, un portrait similaire à celui de l'année précédente, alors qu'il y avait eu 62 meurtres.

Le commandant de la division des crimes majeurs à la police de Montréal, Clément Rose, a expliqué que les dernières années avaient été relativement calmes en raison de tensions moindres entre groupes du crime organisé et gangs de rue.

Mais l'alourdissement du bilan était attendu en 2010 avec la tourmente dans le monde interlope de la métropole québécoise - incluant la déroute du clan mafieux Rizzuto.

Montréal a vécu cinq doubles meurtres en 2010, comparativement à une moyenne de deux au cours des années précédentes, a souligné le commandant Rose.

Un double meurtre en plein jour dans le Vieux-Montréal, en mars, a aussi fait deux blessés - dont un innocent qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment -, et poussé un chef de gang de rue à s'enfuir pour sauver sa peau.

«Il s'agissait d'un crime particulièrement spectaculaire pour une ville comme Montréal, un peu à l'image du Far West, a soutenu M. Rose, qui compte près de 28 ans d'expérience au sein du corps policier, dont les trois dernières années à la tête de l'escouade contre les homicides. C'est un (double) meurtre qui a attiré l'attention du public car il a laissé les gens avec un fort sentiment d'insécurité.»

Carey Isaac Regis et Terrell Lloyd Smith ont été arrêtés et accusés de meurtre prémédité, de tentative de meurtre, et de complot pour meurtre. Un troisième suspect, Kyle Gabriel, fait l'objet d'un mandat d'arrêt pancanadien.

Ducarme Joseph se trouvait dans sa boutique du Vieux-Montréal et semble avoir été la cible des deux hommes qui y ont débarqué avant d'ouvrir le feu.

Ducarme Joseph s'est enfui par l'arrière-boutique, mais son garde du corps, Peter Christopoulos, et le gérant du magasin, Jean Gaston, ont été tués. Un électricien a été blessé.

«Deux fous sont entrés dans un magasin et ont tiré à 50 reprises à l'intérieur. C'est arrivé en plein jour sans égard pour la population en général. C'est le genre d'incident qui effraie les gens», a souligné le commandant Rose.

Les trois suspects sont liés à des gangs jamaïcains - mais la police ne sait trop qui a commandé l'attentat.

Selon M. Rose, un autre cas marquant est la mort de Cinthia Toussaint, une mère de 23 ans trouvée au fond d'un puits d'accès dans un stationnement du quartier Saint-Michel, en mai. Son ex-copain, Mario Romain, a été accusé peu après de meurtre prémédité.

«Il s'agit vraiment d'une histoire triste. Mais il y a eu un travail remarquable de la part des enquêteurs pour procéder rapidement à une arrestation», a fait valoir M. Rose.

Le commandant du Service de police de la ville de Montréal a affirmé que les meurtres au sein de la mafia étaient aussi sur l'écran radar, mais que ces dossiers prendraient plus de temps à résoudre.

L'assassinat du patriarche Nicolo Rizzuto par un tireur d'élite et d'autres encore dans le cadre de la chute du clan Rizzuto ont attiré l'attention de la police.

Le commandant Rose a bon espoir que la loi du silence tombera, et que des personnes craignant pour leur vie ou voulant éviter de croupir derrière les barreaux se confieront aux autorités.

«En 2011, soit le clan Rizzuto répliquera - ce qui semble peu probable -, ou alors il sera complètement assimilé et la paix reviendra», a par ailleurs soutenu le commandant. «La mafia ne veut pas d'une guerre de deux ou trois ans.»

M. Rose, qui a travaillé au sein de l'unité contre les motards criminalisés à la fin des années 1990, a fait valoir que les meurtres liés à la mafia n'avaient rien à voir avec le nombre de personnes tuées au sommet de la guerre des motards au Québec.