Six portiers de l'hôtel Fairmont Le Reine Elizabeth, au centre-ville de Montréal, ont été arrêtés lundi pour une affaire d'extorsion envers des chauffeurs de taxi, a appris La Presse.

Mis à jour le 19 nov. 2010
Catherine Handfield LA PRESSE

Au terme d'un an d'enquête, les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) les ont appréhendés en après-midi sur leur lieu de travail. Après avoir été interrogés, ils ont été libérés sous promesse de comparaître. Selon nos sources, ils feront face à des accusations d'extorsion, de complot et de menaces.

 

 

 

La directrice des relations publiques de l'hôtel, Joanne Papineau, a confirmé hier que des employés avaient été arrêtés. «Ils ont été immédiatement suspendus», a indiqué Mme Papineau. Selon nos informations, la direction a pleinement collaboré à l'enquête.

La police soupçonne les portiers d'avoir forcé leurs présumées victimes à leur remettre une commission sur les courses payantes. Les chauffeurs de-vaient notamment leur payer 5$ pour conduire un client à l'aéroport Montréal-Trudeau, une course qui leur rapporte 38$.

Les chauffeurs de taxi rencontrés hier devant l'hôtel en avaient long à dire. «Ça fait six ans que nous sommes victimes de taxage systématique», a résumé Marc, qui a porté plainte à la police l'an dernier. Il a préféré être cité sous un autre nom par peur des représailles.

Selon lui, les portiers offraient les voyages vers l'aéroport - les «Dorval» - aux chauffeurs qui acceptaient de leur verser une commission. «Les autres étaient punis: ils héritaient seulement des petits voyages», a dit Marc, un volubile chauffeur d'origine haïtienne.

Les portiers procédaient toujours de la même manière, selon Pierre (nom fictif), qui conduit un taxi depuis 12 ans. Walkie-talkie en main, ils attendaient devant les deux entrées de l'hôtel, boulevard René-Lévesque et rue Mansfield. Lorsqu'un client leur demandait d'appeler un taxi, ils s'informaient du lieu où il désirait aller.

En vertu du règlement municipal sur le taxi, le client devait théoriquement monter avec le premier chauffeur en file au poste d'attente situé devant l'hôtel, où une vingtaine de chauffeurs attendent en permanence.

Les choses se passaient toutefois différemment. «Les portiers avaient une liste des numéros de taxi qui refusaient le taxage, a expliqué Marc. Quand leur tour arrivait, ils les envoyaient à l'entrée où un client moins payant attendait.» Selon lui, des portiers appelaient parfois des chauffeurs «corrompus» sur leur cellulaire pour leur confier les «Dorval».

La grosse majorité des chauffeurs finissaient par se plier à la loi des portiers, selon Pierre. Certains leur donnaient un billet de 5$ en leur faisant une poignée de main. D'autres le laissaient dans leur coffre pour que les portiers le prennent en déposant les bagages.

Exaspérés, Marc et deux collègues ont fait signer une pétition aux chauffeurs à l'automne 2009. Après avoir amassé une trentaine de signatures, ils en ont envoyé des copies au Bureau du taxi et à la direction du Fairmont Le Reine Elizabeth.

Le directeur de l'hôtel cinq étoiles les a immédiatement convoqués. «J'ai eu l'impression qu'il n'était pas au courant de la situation», a dit Marc. Peu après la rencontre, la direction a envoyé des lettres de réprimande aux portiers impliqués.

Malgré cela, le petit manège aurait continué. «Un portier m'a dit: "On est protégés par le syndicat. Tu vas voir, vous allez continuer d'être à nos pieds"», a relaté Marc. Deux collègues et lui se sont donc résolus à porter plainte au SPVM. Des chauffeurs interrogés hier ont affirmé que ce système de taxage est la norme dans plusieurs hôtels. «En portant plainte contre les employés du Reine Elizabeth, on souhaite donner l'exemple», a dit Pierre.

Comme l'opération était toujours en cours, hier, le porte-parole du SPVM, Ian Lafrenière, a préféré ne pas commenter l'affaire, précisant qu'un commandant du SPVM et un responsable du Bureau du taxi feront le point aujourd'hui.