Dans la voiture qu'il conduisait, tous les signaux d'alarme clignotaient et résonnaient, ce qui affolait encore plus Jean-Yves Migneault. La femme qu'il venait d'enlever dans le stationnement d'un supermarché lui a alors conseillé de se ranger sur le bord du chemin, pour fermer le coffre et attacher les ceintures, afin de faire cesser tous ces bruits.

Mis à jour le 18 nov. 2010
Christiane Desjardins LA PRESSE





C'est d'une voix étonnamment calme qu'une jolie femme de 44 ans a raconté mercredi, en Cour du Québec, comment Jean-Yves Migneault l'a enlevée le soir du 11 avril dernier, pour ensuite l'emmener dans une forêt dans le secteur de Saint-Lin, et l'agresser sexuellement. Il l'a finalement ramenée à Montréal, en fin de soirée. L'enquête préliminaire de Migneault, 56 ans, s'est tenue mercredi pour cette affaire, ainsi que pour un autre incident survenu un peu plus tôt le même jour, avec une ex-conjointe. Il fait face à plus de 10 accusations au total, dont enlèvement, séquestration, utilisation d'une fausse arme à feu, agression sexuelle... L'homme est représenté par Me Yann Trignac, tandis que c'est Me Rachel Pitre qui représente la Couronne.

Hystérique

Selon son récit, le soir du 11 avril, vers 19h40, la femme, que nous appellerons Diane, est allée faire son épicerie au IGA situé à l'angle de l'avenue Christophe-Colomb et de la rue Jarry. En sortant, vers 20h30, alors qu'elle s'apprêtait à monter dans sa voiture pour retourner chez elle, un homme (Migneault) l'a empoignée par le bras, lui a mis une arme dans le ventre, et lui a dit: «Embarque dans le char.»

Diane s'est exécutée. Migneault a pris le volant. Il était hystérique, disait qu'il était quelqu'un d'agressif. Diane a essayé de le calmer. Sur ses conseils, ils se sont arrêtés dans une petite rue, ont fermé le coffre de la voiture et bouclé les ceintures. Les alarmes ont cessé. Migneault a ensuite roulé vers Mascouche. Il allait vite et n'était pas patient. Ils se sont arrêtés dans un dépanneur, car Migneault voulait des cigarettes. Diane a retiré 40$ pour les lui donner, comme il l'exigeait. Diane n'a rien fait d'autre, de peur qu'il se serve de son arme dans le dépanneur. Elle ignorait alors qu'elle était fausse.

Migneault, qui a passé 21 ans de sa vie en prison, entre autres pour des délits sexuels, s'est ensuite arrêté dans une forêt. «Là je vais avoir du plaisir», a-t-il dit. Il a ordonné à Diane de se déshabiller et il l'a agressée sexuellement dans la voiture. Il était brutal, il grognait, Diane a eu mal. Après, ils ont repris la route. Migneault est allé lui montrer sa maison, qu'il avait construite. «Il était bien fier de son travail», a-t-elle dit. Vers 23h30, il l'a ramenée à Montréal et l'a abandonnée dans une rue.

Faux cancer

En matinée, le juge Jean-Paul Braun a entendu le témoignage d'une femme qui est sortie neuf mois avec Migneault. Elle l'avait connu en août 2009, par l'entremise d'une petite annonce de rencontre qu'il avait fait paraître dans la revue Le bel âge. Au bout de deux mois de fréquentations, la femme a rompu. Migneault a réussi à la reconquérir en lui faisant croire qu'il avait le cancer du foie et qu'il n'en avait plus pour longtemps.

Migneault est allé vivre avec elle. Mais, assez rapidement, elle s'est rendu compte qu'il était jaloux et possessif, que sa vie était nébuleuse, et qu'il était menteur. Elle a rompu en mars 2010. Migneault s'est alors mis à lui téléphoner et à la harceler. L'après-midi du 11 avril 2010, Migneault l'a menacée d'une arme et lui a ordonné de le suivre. «Sinon je te tire», lui a-t-il dit. Il a fini par déguerpir, sans mettre son projet à exécution. Au terme de son enquête, mercredi, Migneault a été inculpé. La date du procès reste à fixer.