En cessant sa contribution au Fonds canadien de télévision en janvier 2007, Quebecor a fait un geste «irresponsable» et «dictatorial», estime le président de l'Union des artistes, l'acteur Raymond Legault.

Publié le 16 nov. 2010
Christiane Desjardins LA PRESSE

Ce sont les deux mots qui sont venus à l'esprit de M. Legault, hier, quand le juge Claude Larouche l'a invité, en fin d'interrogatoire, à qualifier le «geste» de Quebecor, et par le fait même celui du grand patron, Pierre Karl Péladeau. «Si j'arrête de payer mes impôts parce que je ne suis pas d'accord avec la manière dont le gouvernement dépense l'argent...» avait illustré M. Legault, quelques minutes plus tôt.

Le président de l'Union des artistes était le deuxième témoin présenté en défense, hier, dans ce procès en diffamation qui oppose les deux maîtres de l'échiquier télévisuel au Québec. Le président de Quebecor Pierre Karl Péladeau réclame 700 000$ en dommages à Radio-Canada et deux de ses dirigeants.

Le litige a trait à une déclaration du vice-président des services français de Radio-Canada, Sylvain Lafrance, qui a été publiée dans Le Devoir le 31 janvier 2007. «Ce gars-là (Pierre Karl Péladeau) se promène comme un voyou, et il est en train de faire dérailler un des systèmes télévisuels qui a le plus de succès dans le monde», avait dit M. Lafrance. Il avait maintenu ses propos dans trois émissions d'information, la même journée. Sommés par Quebecor de s'excuser, Radio-Canada et son grand patron, Robert Rabinovitch, ont refusé. De ce refus est née la poursuite en diffamation.

Fonds canadien de télévision

Le Fonds canadien de télévision, qui sert à financer des productions locales indépendantes de télévision, est lui-même financé par trois sources: le gouvernement canadien par l'entremise de Patrimoine Canada, ainsi que les câblodistributeurs Shaw et Vidéotron. Ces derniers doivent verser 5% de leurs redevances à ce fonds. Mécontent de son fonctionnement, Shaw avait annoncé le 22 décembre 2006 qu'il suspendait ses contributions. Vidéotron l'a imité un mois plus tard.

Ces gestes d'éclat ont ébranlé tout le milieu, selon les témoins entendus hier. «En trente et quelques années depuis que je suis dans l'industrie, c'était la crise la plus importante dont j'ai été témoin», a dit Claire Samson, PDG de l'Association des producteurs de films et de télévision du Québec. Selon Mme Samson, cela compromettait toute la production indépendante pour tous les réseaux de télévision, pour la saison à venir. Toutes les transactions avec les producteurs étaient suspendues, les banques commençaient à appeler et des journées de tournage étaient annulées. «Il y avait des milliers d'emplois en jeu», a-t-elle dit.

Le président de l'Union des artistes a lui aussi parlé du «choc majeur appréhendé» par cette crise, qui suspendait la production télévisuelle. «Le milieu de la télévision est extrêmement fragile, ça ne prend pas grand-chose pour le débalancer», a-t-il dit, en signalant que 75% des membres de l'UDA gagnent moins de 16 000$ par année.

Un des avocats de Quebecor, Me Richard Vachon, a fait ressortir pour sa part qu'en 2006, la contribution de Vidéotron au Fonds (15,2 millions) était beaucoup moins élevée que celle de Shaw (56 millions). Or, les réactions ont été beaucoup plus vives face à Quebecor que face à Shaw. Il faut dire que Shaw a fait son annonce le 22 décembre 2006, alors que le congé des Fêtes s'amorçait. Le procès se poursuit aujourd'hui à Montréal.