Si le coroner André Perreault avait exaucé toutes les demandes d'assignation de nouveaux témoins des parties intéressées, son enquête sur la mort de Fredy Villanueva aurait pu durer plusieurs mois voire un an encore.

Caroline Touzin LA PRESSE

Les parties intéressées ont récemment suggéré que pas moins de 57 nouveaux témoins soient entendus à la reprise de l'enquête cet automne. Or, le coroner a rejeté la plupart de ces demandes, si bien qu'onze nouveaux témoins seront appelés à la barre, a tranché le coroner ce matin au palais de justice de Montréal.

Depuis l'automne dernier, une trentaine de témoins ont été entendus au cours de quelque 70 journées d'audiences. Les agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte qui sont intervenus le soir du 9 août 2008 dans un parc de Montréal-Nord ont été parmi les premiers à témoigner.

L'agent Lapointe est celui qui a fait feu sur le groupe de jeunes qui jouaient aux dés ce soir-là, atteignant mortellement Fredy Villanueva et blessant par balle deux autres jeunes : Jeffrey Sagor Metellus et Denis Meas. Les jeunes témoins du drame, dont le frère de Fredy, Dany, ont été longuement interrogés à leur tour par les avocats du coroner et les parties intéressées.

Ce mois-ci, d'autres personnes qui ne sont pas mêlées à l'incident, mais qui se trouvaient dans le parc Henri-Bourassa lors du drame sont venus raconter leur version au coroner. L'enquête prendra une pause tout le mois d'août.

À la reprise des audiences le 13 septembre prochain, le représentant syndical qui a recueilli la version de l'agent Lapointe avant même que la Sûreté du Québec ne l'interroge, Robert Boulé, viendra témoigner.

M. Boulé était en théorie le dernier témoin sur la liste du coroner Perreault. Toutefois, le coroner a reçu les 57 nouvelles suggestions des parties intéressées le 21 juillet dernier. Il en a retenu onze.

Parmi ces onze nouveaux témoins, il y a aura le superviseur des agents Lapointe et Pilotte le soir du 9 août 2008, le sergent René Bellemare ainsi qu'un expert en emploi de la force de l'École nationale de police, Bruno Poulin. Les enquêteurs de la Sûreté du Québec, Jean-François Néron, Stéphane Hamel et Éric Bolduc, viendront à leur tour expliquer de quelle façon ils ont recueilli les témoignages des jeunes à la suite de la fusillade.

Les avocats des jeunes témoins ont critiqué plus tôt dans l'enquête le fait que leurs clients se soient sentis forcés de donner leur version quelques heures à peine après le drame, alors que l'agent Lapointe eut remis sa version écrite un mois après les événements.

La Ville de Montréal aurait voulu faire entendre un expert du SPVM en gangs de rue puisque l'agent Lapointe a dit avoir reconnu des membres du gang des Rouges parmi les jeunes qui jouaient aux dés le 9 août 2008. D'autres parties intéressées auraient aimé faire témoigner des criminologues sur cette même question de l'affiliation aux gangs. Ces demandes ont toutes été refusées. Tout comme la suggestion de faire témoigner un expert en profilage racial. Le coroner estime qu'une analyse du phénomène des gangs de rue de Montréal-Nord n'entre pas dans le mandat de son enquête.