Il semble bel et bien qu'un épais brouillard ait mené à l'écrasement de l'hydravion qui a fait quatre morts et deux blessés vendredi dernier au nord de Saguenay. Selon l'enquête préliminaire du Bureau de la sécurité des transports (BST), aucun pépin technique n'a causé la tragédie.

Ariane Lacoursière LA PRESSE

«L'appareil a été retrouvé à environ 150 pieds du sommet d'une montagne. Selon nos analyses, il volait de façon rectiligne au moment de l'impact avec les arbres. L'appareil n'était ni en montée ni en descente, ce qui nous laisse croire que le pilote n'a simplement jamais vu la montagne», explique Paul Fréchette, enquêteur technique pour le BST.

Six personnes se trouvaient à l'intérieur. Le pilote Gabriel Boivin, qui avait plus de 11000 heures de vol à son actif, a péri dans l'écrasement. Employé de Pratt&Whitney, Michel Bernier, son fils Louis, 13 ans, et son oncle Réjean Bernier ont aussi perdu la vie.

L'autre fils de Michel Bernier, Simon, âgé de 15 ans, s'en est tiré et a été capable d'extirper son grand-oncle, Pierre Bernier, de la carlingue en flammes. L'homme de 59 ans qui souffre de graves brûlures est plongé dans un coma artificiel et est traité à Québec.

La famille Bernier revenait d'un voyage de pêche au lac des Quatre. À bord de l'hydravion d'Air Saguenay, ils devaient se poser au lac Morgane, à environ 15 minutes de vol. Dans une entrevue accordée au Journal de Montréal hier, le jeune Simon a relaté l'accident en détail.

Après l'écrasement, M. Boivin et Réjean Bernier étaient emprisonnés dans la cabine de pilotage en flammes, dont il ne reste aujourd'hui que des cendres. Simon a été capable de sortir son père et son grand-oncle Pierre de la carlingue.

Michel Bernier souffrait de graves blessures internes. Il se serait levé et aurait marché un peu pour aller voir son autre fils Louis avant de s'effondrer et de rendre l'âme. Louis avait été éjecté lors de l'impact et gisait inconscient au sol à quelques mètres de l'hydravion. Le jeune homme qui présentait de graves blessures est mort dans les bras de Simon environ cinq minutes après l'écrasement.

Selon Simon, l'écrasement est dû à «une erreur de jugement» puisque le brouillard était déjà présent et épais au moment du décollage.

M. Fréchette confirme qu'en allant chercher les pêcheurs au lac des Quatre, le pilote Gabriel Boivin a fait un amerrissage de précaution sur un lac parce que la visibilité était restreinte. Environ 10 minutes après avoir décollé du lac des Quatre avec la famille Bernier à bord, M. Boivin a averti la tour de contrôle qu'il ferait de nouveau un amerrissage en route pour les mêmes raisons. Puis les communications ont été interrompues.

M. Fréchette refuse de se prononcer sur la décision du pilote de voler malgré les conditions. «On poursuivra notre enquête pour déterminer exactement les conditions météorologiques qu'il y avait ce jour-là», dit-il.

L'enquêteur indique toutefois que dans cette région montagneuse, la «météo est changeante». «À l'aller, le pilote s'était posé par précaution. Au retour, il avait sûrement des raisons de croire que tout se passerait de la même façon», explique M. Fréchette.

M. Fréchette ajoute que plusieurs appareils de navigation étaient présents à bord de l'hydravion. «Mais en situation marginale, on navigue à vue, dit-il. Et dans ce cas-ci, la visibilité était réduite. Et quand un vol n'est pas prévu pour être aux instruments, c'est dangereux de le faire.»

En conférence de presse, la femme de Pierre Bernier, Marcelle Bernier, a assuré que son mari était «en très grande forme physique» avant l'écrasement, et qu'il allait «survivre». La femme a déclaré que lorsqu'on lui a annoncé que son mari avait eu un accident, elle avait tout d'abord cru qu'il s'agissait d'un accident de voiture puisque son mari lui disait depuis des années que les déplacements en hydravion étaient très sûrs.