S'estimant trahi du fait que l'ex-député William Cusano donne son appui à un non-Italien (Justin Trudeau), Basilio Giordano, qui était aussi candidat à l'investiture libérale fédérale de la circonscription de Papineau, a publié des propos vitrioliques dans le journal italien qu'il possédait. La facture vient d'arriver, sous forme d'un jugement de la Cour supérieure.

Christiane Desjardins LA PRESSE

Pour avoir diffamé l'ex-député Cusano, M. Giordano et l'hebdomadaire Il Cittadino Canadese sont condamnés à lui verser 15 000$. «Lorsque l'on veut détruire, on doit s'attendre à payer le prix de ses actes inconsidérés. Le fait de n'avoir pas considéré la carrière irréprochable de Cusano avant de publier un mensonge diffamatoire est donc constitutif de responsabilité», a noté le juge Pierre Journet dans sa décision rendue récemment.

Les faits se sont produits en avril 2007, au moment où la course à l'investiture du Parti libéral fédéral dans Papineau était sur le point de connaître son dénouement. M. Cusano, qui venait d'annoncer sa retraite après avoir été député de Viau pendant 25 ans, a choisi de donner son appui au jeune Trudeau plutôt qu'à son rival, Giordano. Ce dernier, propriétaire du journal Il Cittadino Canadese, a réagi en publiant une lettre ouverte signée par un dénommé Giovannu Sdegnato. Ce personnage, dont le nom de famille signifie «indigne», n'existerait pas. Le juge Journet laisse entendre que la lettre pourrait être l'oeuvre de Giordano. Ce dernier a d'ailleurs publié dans la même page une réplique en caractère gras, dans laquelle il se disait tout à fait d'accord avec le contenu de la lettre.

Bars et paresse

La lettre accusait Cusano de ne pas soutenir ses compatriotes, de n'avoir pas de parole et de manquer de jugement. Elle insinuait qu'il était paresseux, malhonnête, et qu'il se tenait dans les bars pour «fumer et jouer dans les machines.» Elle laissait aussi entendre qu'il prenait sa retraite parce qu'on lui avait promis un autre poste au gouvernement.

Au procès, M. Cusano a dit avoir été très affecté par ces propos. Il a soutenu que Giordano avait agi par intérêt personnel, pour promouvoir sa candidature en dénigrant celui qui appuyait son adversaire.

De son côté, Giordano a fait valoir qu'il n'avait fait que son travail de journaliste et d'éditorialiste. Les propos publiés, selon lui, étaient d'intérêt public.

Le juge n'est pas de cet avis et considère que les propos étaient clairement injurieux. «Le Tribunal s'inscrit en faux contre la tendance au non-respect des hommes publics, des institutions qu'ils représentent, à une forme déguisée du non-respect de la réputation sous le couvert d'un droit à l'opinion et à l'information.»

Le juge relève enfin que M. Giordano était très au fait de ce qu'il faisait, ayant lui-même une expérience politique considérable. Il a été conseiller municipal à Saint-Léonard, attaché politique, organisateur et candidat. Enfin, après les incidents dont il est question, il a été élu pour représenter les Italiens d'Amérique du Nord au Sénat d'Italie, à Rome. Avec cette fonction officielle, qui l'amène à voyager énormément et qui lui procurerait de généreux émoluments, il ne peut plus s'occuper de son journal. Ce sont ses fils et sa femme qui ont pris la relève.

La Presse n'a pas été en mesure de joindre M. Giordano, hier. En ce qui concerne M. Cusano, son avocat, Me Laurent R. Kanemy, a indiqué que son client était heureux de la décision. Il était cependant trop tôt pour dire s'il porterait en appel la somme allouée, beaucoup moindre que ce qu'il demandait.