Coup de théâtre lundi au procès de Whoody Aristilde, accusé de meurtre prémédité. Son ami, Sébastien Calixte, qui n'était pas accusé dans cette affaire, est venu dire au jury que c'est lui qui a abattu Gabriel Dominique, le 18 février 2007, au marché aux puces 5 Étoiles.

Christiane Desjardins LA PRESSE

Calixte, 22 ans, se trouve actuellement en prison en attente de procès pour une tout autre affaire, relativement à un vol qualifié. Il est l'unique témoin qui a été appelé en défense au procès d'Aristilde. S'il a décidé de se dénoncer après trois ans, c'est qu'il «trouve ça chien que quelqu'un paie pour quelque chose qu'il n'a pas fait,» a-t-il dit, lundi. Selon son récit, lui-même, Whoody Aristilde, Marco Montpoint, Yvony Mehu et un mineur qu'on ne peut identifier ont rencontré Gabriel Dominique au marché aux puces, le 18 février 2007. Calixte ne connaissait pas Dominique, mais des «regards» se sont échangés de part et d'autre, a-t-il dit. En sortant du marché aux puces, Dominique, qui se trouvait maintenant avec plusieurs autres hommes, a interpellé le groupe de Calixte, en disant «yo, c'est les Bo-Gars ici». Immédiatement, les choses se sont enchaînées, si l'on se fie à son récit.

Sébastien Calixte est l'un des suspects arrêtés dans un autobus: 

«Gabriel Dominique a mis sa main à sa ceinture. J'ai vu quelque chose qui brillait. Il essayait de sortir une arme. J'ai sorti le 357 et j'ai tiré. Il a fait un 360 (degrés), et il est tombé. Après, j'ai lancé l'arme», a calmement raconté Calixte, lundi, devant les jurés. Il dit avoir tiré quatre coups en tout. Après, ses quatre amis et lui sont partis en courant et se sont engouffrés dans l'autobus 193 qui circulait en direction est. Ils ont été arrêtés quelques minutes plus tard, à l'angle de la rue Jarry et du boulevard des Galeries d'Anjou.

Des caméras vidéo dans le véhicule de la STM ont d'ailleurs filmé les cinq hommes, qui paraissaient extrêmement nerveux. On y voit Aristilde sortir quelque chose de son pantalon (l'arme du crime, selon la Couronne) et passer cet objet à un autre qui le glisse dans un sac à dos. Un Magnum 357 a été trouvé par la police dans le sac à dos de Montpoint, alors que celui-ci s'apprêtait à quitter l'autobus. Une autre arme, celle-là de calibre 25 prête à faire feu, a également été trouvée, dans l'allée de l'autobus. Calixte n'avait donné aucune déclaration à la police après son arrestation. Lundi, il a dit qu'il préférait avouer à la cour. «La police ne juge pas, la Cour juge», a-t-il dit.

Payé pour témoigner?

Le procureur de la Couronne, Pierre Labrie, s'est montré bien sceptique devant le témoignage de Calixte. Il a insinué qu'en prenant le meurtre sur ses épaules, Calixte faisait ainsi un beau cadeau à son ami Aristilde, et que ce dernier le payait sûrement pour ce service. Me Labrie a questionné Calixte sur les versements à sa cantine en prison. Calixte a évidemment nié avoir reçu de l'argent d'Aristilde.

Questionné sur le 357 Magnum qui a effectivement servi à tuer Dominique, Calixte a affirmé qu'il l'avait acheté d'un type qu'il a connu à la prison de Bordeaux. Il dit avoir payé 1300$ pour l'arme et les munitions.

Après le contre-interrogatoire de Calixte, Me Gary Martin a déclaré sa preuve close. Le juge Claude Champagne a renvoyé les jurés chez eux jusqu'à demain, quand s'amorceront les plaidoiries. Le procès, qui a commencé le 19 avril dernier, s'annonce beaucoup plus court que prévu.