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Le manque de soins en CHSLD au centre du procès de Michel Cadotte

Michel Cadotte a admis avoir étouffé son épouse atteinte... (Photo Alain Roberge, archives LA PRESSE)

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Michel Cadotte a admis avoir étouffé son épouse atteinte d'Alzheimer Jocelyne Lizotte.

Photo Alain Roberge, archives LA PRESSE

Le manque de personnel dans le réseau des CHSLD est criant, et son impact sur les soins aux patients « peut s'apparenter à de la négligence », selon le psychiatre Gilles Chamberland, qui témoignait aujourd'hui au procès de Michel Cadotte, accusé d'avoir tué son épouse atteinte d'Alzheimer.

Mais ce n'est pas le rôle du jury de se pencher sur l'état du système de santé, a souligné la juge Hélène Di Salvo, alors que la présentation de la preuve se terminait, au Palais de justice de Montréal.

« Vous n'êtes pas ici pour faire le procès des CHSLD ou du système de santé, ni pour modifier, valider ou rendre inconstitutionnelle l'aide médicale à mourir », a-t-elle précisé au jury. « C'est toutefois une partie de la preuve qui sera nécessaire et pertinente à vos délibérations. »

Jocelyne Lizotte, que son mari Michel Cadotte a admis avoir étouffée avec un oreiller « pour ne plus qu'elle souffre », le 20 janvier 2017, vivait au CHSLD Émilie-Gamelin depuis trois ans. Elle avait 60 ans lors de son décès.

Lors de son témoignage, M. Cadotte a expliqué qu'il était insatisfait des soins prodigués à son épouse et avait fait plusieurs plaintes à cet égard, aux établissements de santé où elle a été soignée et même au Protecteur du citoyen, parce qu'il était inquiet pour elle.

Il a raconté qu'il allait visiter sa femme presque tous les jours, pour la faire manger, faire sa lessive, sa toilette et la faire marcher dans le corridor, parce que les employés, débordés, n'avaient pas le temps de s'en occuper convenablement, selon lui.

Un proche-aidant, voyant ces lacunes, « pourrait-il percevoir que les soins ne sont pas adéquats ? », a demandé l'avocat de M. Cadotte, Me Nicolas Welt.

« Oui, ça peut s'apparenter à de la négligence, si on n'est pas capable de donner les repas comme il faut », a répondu le Dr Gilles Chamberland, qui était appelé à témoigner par la Couronne. « De façon générale, je crois qu'il y a des problèmes criants dans le réseau de la santé au niveau des CHSLD. »

Contradictions

Le psychiatre, qui a rencontré Michel Cadotte il y a deux semaines, estime cependant que l'accusé ne se plaignait pas du manque de soins. Il contredit ainsi le témoignage de M. Cadotte, qui a relaté ses récriminations et toutes ses démarches pour demander de meilleurs soins pour son épouse.

La juge Di Salvo a d'ailleurs dû intervenir pour rectifier certains faits, puisque les réponses du Dr Chamberland semblaient démontrer qu'il n'avait pas toutes les informations, notamment sur les plaintes faites par Michel Cadotte, et sur le fait que Mme Lizotte avait déjà exprimé ses volontés, en cas de perte de ses capacités neurologiques.

« Êtes-vous au courant que M. Cadotte a rapporté, pendant le procès, que Mme Lizotte lui avait dit qu'elle ne voulait pas être placée et qu'elle ne voulait pas finir comme sa mère ? », a demandé la magistrate.

« Non », a répondu le psychiatre.

La souffrance perçue par les proches

L'expert a aussi été interrogé sur la souffrance que pouvait ressentir Jocelyne Lizotte, clouée à son fauteuil roulant et incapable de s'exprimer, et sur la réaction des proches quand ils voient une personne aimée dans cet état.

Il a d'ailleurs dû préciser son opinion à ce sujet, à la suite du rapport préparé après sa rencontre avec l'accusé. « Si j'ai dit que madame ne souffrait pas, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire et je suis désolé si ça a été compris comme ça, ce n'était pas mon intention », a-t-il dit, soulignant que personne ne pouvait connaître l'état de souffrance réel de Mme Lizotte, selon lui.

« Faites-vous une distinction entre la souffrance réelle et la perception subjective de quelqu'un ? Si je suis convaincu que ma mère ou mon épouse souffre, même si ce n'est pas le cas, ça aura le même effet sur mon état d'esprit ? », a demandé la juge.

« Oui, ça aura le même effet, que cette souffrance soit réelle ou pas », a répondu le Dr Chamberland.

Les plaidoiries des avocats des deux parties auront lieu lundi prochain. Puis, après les directives de la juge mardi, le jury commencera ses délibérations pour tenter d'en arriver à un verdict.




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