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Les autorités tentent de «sortir la tête haute», dit Adil Charkaoui

La GRC a admis pendant le procès de... (PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE)

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La GRC a admis pendant le procès de Djermane et Jamali que le centre islamique Assahaba, dirigé par Adil Charkaoui (photo), était dans sa ligne de mire.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Le prédicateur Adil Charkaoui croit que c'est pour «sortir en apparence la tête haute dans un dossier d'erreur judiciaire» que les autorités ont interdit à Sabrine Djermane et El Mahdi Jamali, blanchis mardi de toutes les accusations de terrorisme qui pesaient contre eux, de fréquenter sa mosquée dans le cadre de leurs conditions de remise en liberté.

Le directeur du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence voit les choses autrement. Herman Deparice-Okomba entend régulièrement parler du centre islamique Assahaba et de son président, M. Charkaoui, dans le cadre de son travail. Il soulève plusieurs questions sur leur rôle dans la radicalisation de certains jeunes.

«Plusieurs situations en lien avec ce lieu ont pu nous être rapportées. Il est important de souligner que ce lieu n'est qu'une des pièces du puzzle dans la radicalisation d'un certain nombre de jeunes. Il a donc une importance, comme d'autres milieux en ligne ou hors ligne qui peuvent être des dénominateurs communs en matière de radicalisation», dit-il.

«En tant que citoyen, on est en droit de se poser des questions sur la responsabilité de M. Charkaoui dans un certain nombre de situations qui ont été rapportées au cours des derniers mois. Quand on est une figure publique, en particulier auprès des jeunes, on a une responsabilité éthique et morale dans le discours et les propos qu'on peut tenir.» 

«Ne pas se soucier de l'impact de notre discours ou des effets que nos mots peuvent avoir auprès de certains jeunes ou d'individus plus fragiles, c'est un problème».

Sans commenter directement les motifs qui ont pu pousser les autorités à interdire à Mme Djermane et à M. Jamali de fréquenter le centre islamique, M. Deparice-Okomba note que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et la Couronne «ont peut-être des éléments qui indiquent une crainte vis-à-vis de cet endroit et de l'influence négative qu'il pourrait avoir sur les conditions de réinsertion» du jeune couple.

Des noms connus

Les noms du centre Assahaba et de son président ont fait surface à trois reprises lors du procès Djermane-Jamali. C'était la première fois que la GRC admettait publiquement que la mosquée et M. Charkaoui étaient dans sa ligne de mire.

Dans le cadre de son témoignage à la cour, l'analyste aux renseignements de la criminalité de l'Équipe intégrée de la sécurité nationale (EISN) Geneviève Coulombe a d'abord déclaré que «ce centre [était] un dénominateur commun dans plusieurs dossiers» liés à la sécurité nationale. Quelques jours plus tard, elle affirmait que le nom de M. Charkaoui «[revenait] souvent dans les dossiers».

Et voilà que mardi, la Couronne fédérale a fait interdire aux deux acquittés de fréquenter l'endroit. Pourquoi? Dans la foulée du verdict, la procureure fédérale spécialiste des dossiers de terrorisme, Me Lyne Décarie, a refusé de le dire.

«C'est une décision. Une suggestion qui a été faite. La défense a accepté cette décision, mais je ne veux pas en parler plus amplement.»

Le centre islamique Assahaba.... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE) - image 2.0

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Le centre islamique Assahaba.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Le centre islamique évoque un recours judiciaire

L'endroit est-il dangereux? Constitue-t-il une menace pour les jeunes esprits? Adil Charkaoui n'a pas répondu directement à cette question que lui a posée La Presse. Il nous a toutefois transmis une déclaration au sujet des conditions imposées au couple. 

«Je pense que cela n'a rien à voir avec la sécurité. Cela permet plutôt à la Couronne (la GRC) de sortir en apparence la tête haute dans un dossier d'erreur judiciaire qui risque fortement d'aboutir à une énième poursuite pour profilage religieux. Sinon, quelle est cette logique de leur interdire la fréquentation d'un centre fréquenté par en moyenne 700 à 1000 personnes par semaine!» 

«Si l'endroit est surveillé, ils ne devraient pas se soucier de cette fréquentation et s'il ne l'est pas, pourquoi salir la réputation de son équipe et de ses usagers?!» 

Hier après-midi, le centre islamique Assahaba a publié un communiqué de presse dans lequel il «rejette catégoriquement toutes allégations concernant son rôle présumé dans ce dossier ou dans la "radicalisation".»

«Le [centre] estime que les allégations coulées d'une manière irresponsable par les autorités policières et colportées d'une manière non éthique par certains médias de masse mettent en danger l'équipe et les centaines de personnes mineures et adultes qui le fréquentent.» Le communiqué diffusé par le centre islamique évoque la possibilité de «saisir les tribunaux pour défendre sa réputation».

Dénominateur commun

Il a été établi au procès qu'El Mahdi Jamali avait fréquenté cette mosquée avant son arrestation. On sait aussi que plusieurs jeunes Montréalais radicalisés à l'idéologie djihadiste, dont certains sont partis pour la Syrie, ont été vus à un moment ou à un autre au centre Assahaba ou à des activités organisées par M. Charkaoui.

Avaient des liens avec le centre ou le prédicateur : 

  • six des huit Québécois interceptés à l'aéroport en mai 2015 alors qu'ils allaient prendre l'avion ;
  • au moins deux des sept élèves disparus en janvier 2015 et que les autorités croient partis en Syrie.

Herman Deparice-Okomba pose la question : «Est-ce que les discours promus dans ce lieu favorisent le vivre-ensemble et le sentiment d'intégration de tous dans la société québécoise? Sans nécessairement appeler à la violence ou encourager la radicalisation, certains discours peuvent avoir des conséquences importantes pour ceux qui les écoutent. Quand on opère un mélange des genres entre discours religieux, discours politique et militant, on peut induire un certain nombre de personnes vers des interprétations plus ou moins polarisantes de l'actualité.»

Pour le directeur du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, «ceux qui se présentent comme des figures religieuses» doivent «bénéficier d'une légitimité» et «faire preuve de responsabilité dans leurs propos et leurs actions».

«On n'imaginerait pas laisser un éducateur jeunesse travailler avec des jeunes sans s'assurer qu'il dispose d'un minimum de formation et d'encadrement. Pourquoi l'accepter de la part de figures religieuses autoproclamées? Peut-on véritablement s'imaginer que n'importe qui s'improvise "imam" ou "cheikh" sans avoir la formation adéquate au prétexte qu'on maîtrise quelques concepts religieux?»




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