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Emprisonnée à Haïti, son compte en banque est gelé

Francine Desormeaux dit avoir beaucoup changé. Elle craint... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Francine Desormeaux dit avoir beaucoup changé. Elle craint que cette photo, prise à l'aide d'un appareil camouflé, ne trouble ses enfants. Elle ne les a pas vus depuis plus d'un an.

Photo: André Pichette, La Presse

Tout a un prix dans la prison haïtienne où est incarcérée depuis deux ans la Québécoise Francine Desormeaux: l'eau potable, le papier de toilette, le téléphone, les vêtements... Choses essentielles que la quinquagénaire peine à se payer.

Malgré de nombreuses démarches, dont un mandat d'autorisation signé devant le vice-consul du Canada à Port-au-Prince en personne, sa banque montréalaise refuse catégoriquement de dégeler son compte bancaire.

«Ma mère a besoin d'argent. Elle est en train de dépérir», rage sa fille Mélissa, rencontrée dans son modeste appartement de Rivière-des-Prairies. En deux ans, elle n'a vu sa mère que sur photo. «Elle est méconnaissable. Elle a vieilli de dix ans. Je suis tellement inquiète. J'ai peur qu'elle meure avant de revenir au pays.»

Depuis mars 2011, Francine Desormeaux, 51 ans, purge une peine de 15 ans à la prison pour femmes de Pétionville. La préposée aux bénéficiaires au passé autrement sans tache a été arrêtée à l'aéroport de Port-au-Prince avec 1 kg de cocaïne caché dans une culotte spécialement conçue à cet effet. Elle croyait, jure-t-elle, transporter du matériel vaudou pour un ami. Le tribunal haïtien qui l'a jugée est plutôt persuadé qu'elle lui servait de mule. Une erreur qui lui coûte très cher.

Dix femmes dans une cellule

Sa vie derrière les barreaux est extrêmement difficile. Lorsque La Presse lui a rendu visite, en novembre dernier, elle partageait sa cellule avec neuf autres femmes. Les détenues y passaient la majeure partie de la journée, entassées sur des matelas posés à même le sol. La Québécoise venait de se faire arracher toutes les dents d'en haut, complètement pourries à cause des piètres conditions sanitaires.

Il n'y a pas de toilettes en prison. Les femmes doivent se contenter d'un pot et de sacs. L'unique couloir est infesté de rats. Les cellules grouillent de coquerelles et de punaises de lit.

La Montréalaise, dépressive, suicidaire et régulièrement malade à cause de l'eau et de la nourriture, a demandé il y a plusieurs mois d'être rapatriée au Canada afin d'y purger sa peine.

En attendant, elle veut que sa banque, la Toronto Dominion (TD), permette à son ex-conjoint d'avoir accès à la vingtaine de milliers de dollars qu'elle a de côté afin qu'il puisse lui envoyer de l'argent. Cela lui permettrait de faire venir de la nourriture de l'extérieur des murs, du papier de toilette, des bouteilles d'eau, et surtout, d'appeler sa famille plus souvent.

Malgré plusieurs démarches, dont un mandat d'autorisation signé devant le vice-consul du Canada en Haïti et muni de son sceau officiel, la banque refuse de débloquer l'argent.

«La présentation du mandat d'autorisation signé par Francine Desormeaux et placé sous sceau à Port-au-Prince n'est pas suffisent pour que nous puissions donner suite à votre demande», écrit le vice-président-district Montréal Centre Est de la TD, Errol Castelino, dans une lettre envoyée à l'ancien conjoint de la prisonnière.

Bouillie, riz et eau non filtrée

«Ça n'a pas d'allure. Ma mère doit payer pour tout là-bas, dit Mélissa. Le papier de toilette, la glace, l'eau en bouteille, les vêtements, la nourriture. Elle ne peut même pas nous appeler.» La prison ne fournit que deux repas par jour: une bouillie le matin, du riz l'après-midi, et de l'eau non filtrée.

Depuis deux ans, la famille Desormeaux, qui ne roule pas sur l'or, a envoyé des milliers de dollars à la quinquagénaire afin de l'aider à survivre.

«Conformément à sa politique et par respect pour la vie privée de ses clients», la Toronto Dominion a refusé de répondre à nos questions. La famille «peut communiquer avec le bureau de l'ombudsman pour avoir plus de détails sur sa requête», a fait savoir un porte-parole.




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