Une famille d'accueil de la région Mauricie-Centre-du-Québec qualifiée de «toxique» et accusée d'«abus physique» par la justice sur deux enfants qui lui avaient été confiés par la DPJ a pu ouvrir une garderie en milieu familial après leur départ, a appris La Presse.

Philippe Teisceira-Lessard LA PRESSE

La résiliation du contrat entre la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et le ménage n'a pas empêché ce dernier de se lancer dans la garde subventionnée de jeunes enfants.

Québec explique que les autorités policières n'avaient pas d'opposition à l'ouverture d'un tel service.

Deux garçons ont été placés dans cette famille par la DPJ en 2008, leurs parents toxicomanes étant incapables de s'occuper d'eux. Mais la famille d'accueil a eu «des comportements et des attitudes inappropriés et hautement questionnables» pendant huit ans, jusqu'en 2016, a évalué la juge Marie-Josée Ménard dans une décision de l'automne dernier. Le jugement avait fait la manchette au début du mois de janvier parce que la DPJ régionale y était vertement critiquée.

Le magistrat y dénonçait un «gâchis» : humiliation publique par le père d'accueil, dénigrement par la mère d'accueil, bris de jouets en guise de méthode pédagogique et prise des repas à l'écart du reste de la famille.

La Presse ne peut nommer la famille ou la garderie afin de ne pas révéler l'identité des enfants qui y séjournaient.

Jointe au téléphone, la mère d'accueil devenue puéricultrice a affirmé qu'elle n'avait pas pris connaissance de la décision de la juge Ménard et elle n'a pas voulu que La Presse la lui fasse parvenir. « J'ai décidé de prendre ma retraite des familles d'accueil », a-t-elle dit.

Quant à l'ouverture de la garderie, «ça ne vous concerne en rien», a-t-elle ajouté.

Pas d'«empêchements», dit le ministère

Au ministère de la Famille et des Aînés, on affirme que «ce n'est pas le ministère» lui-même «qui émet la reconnaissance, c'est le bureau coordonnateur local de la garde en milieu familial», a écrit la porte-parole Audrey Garon.

«Le bureau coordonnateur vérifie s'il y a des empêchements au niveau de la police, et il n'y en avait pas au moment de la délivrance du permis en ce qui concerne le cas auquel vous faites référence», a-t-elle ajouté.

Le bureau de la directrice de la protection de la jeunesse pour la région Mauricie-Centre-du-Québec, pour sa part, se borne à indiquer que le contrat de la famille d'accueil a été «résilié en date du 30 juin 2016». «Elle ne reçoit donc plus d'enfant suivi en protection de la jeunesse», a ajouté Geneviève Jauron, responsable des communications.