Il est fini, le temps où les avocats pouvaient se présenter habillés en civil à la Cour du Québec, à certaines étapes du processus judiciaire. Depuis le 1er janvier, ils doivent porter la toge en tout temps, en salle de cour.

Mis à jour le 28 janv. 2016
Christiane Desjardins LA PRESSE

« Avec l'adoption du Code de procédure civile, nous avons fait un gros travail de révision. Pour le port de la toge, nous sommes passés à une règle beaucoup plus uniforme », se réjouit la juge en chef de la Cour du Québec, Élisabeth Corte.

Les corridors du palais de justice de Montréal bruissent que c'est à cause de la tenue de certaines avocates, habillées de manière trop ceci ou trop cela, que la règle a été changée.

« Il y a toutes sortes de raisons. Il n'y a pas que les femmes, pas que les hommes », dit la juge en chef, en donnant l'exemple de la saison d'été, pendant laquelle les avocats arrivaient parfois en tenues « pour l'extérieur. » Ce qui avait le don d'indisposer certains juges.

L'été, les avocats étaient dispensés de porter la toge. Elle n'était obligatoire que dans les chambres de pratique. À titre d'exemple, beaucoup d'avocats ne portaient pas la toge dans la salle des comparutions.

« La règle est plus claire maintenant. Ça évite aux juges d'intervenir auprès d'un avocat, devant son client. » La juge Corte estime aussi que le port de la toge permet de différencier les intervenants dans un palais de justice.

« C'est sûr que certains vont avoir des réticences, mais ça assure un meilleur décorum », conclut-elle.

La procureure de la Couronne Geneviève Dagenais est tout à fait d'accord. « C'est plus approprié, ça va avec le décorum d'une salle d'audience. Ça permet de t'identifier par rapport aux témoins. »

Les tenues extravagantes ou aguichantes, il y en a eu dans le passé. « Je dirais que c'est le propre de l'époque. Là, tu n'as plus à te demander : est-ce que la jupe est trop courte, est-ce qu'il peut y avoir des fleurs, de la couleur... », dit Me Dagenais.

« J'étais à la cour municipale avant, et j'étais contente quand je suis arrivée ici pour porter la toge », opine Me Johanne Duplessis.

« Ce que je pense de la toge obligatoire ? Feriez-vous plus confiance à votre médecin s'il était habillé comme au Moyen-Âge ? », commente pour sa part Me Francis Leborgne, avocat de la défense.

Un autre avocat de la défense, Richard Dubé, est sensiblement du même avis. « Un officier de justice n'a pas besoin de costume pour faire son travail. Aux États-Unis, les avocats ne portent pas la toge. »

Les avis sont partagés, mais la toge est là pour rester.