À chaque crise, les Japonais font des stocks de produits de première nécessité, un réflexe qui conduit à une pénurie de papier de toilette à Tokyo, des usines étant arrêtées et les circuits logistiques interrompus à cause du séisme dévastateur du 11 mars.

Publié le 28 mars 2011
Karyn Poupee AGENCE FRANCE-PRESSE

«Nous regrettons de vous causer du tracas, mais ce rayon n'est pour le moment plus approvisionné, en raison des conséquences du "Grand tremblement de terre du nord-est du Japon"»: dans un supermarché plutôt chic du centre de la capitale, cet écriteau trône en lieu et place des paquets de papier de toilette, mouchoirs en papier et rouleaux d'essuie-tout.

Le marché Seven Eleven la plus proche de cette grande surface est également dévalisé. Un deuxième, FamilyMart, éloigné de quelques dizaines de mètres, n'a ni papier de toilette, ni essuie-tout, mais, ô bonheur, il lui reste quatre paquets de mouchoirs en papier.

«Désolée madame, mais vous ne pouvez pas en acheter deux, c'est un seul par personne, nous n'en recevons pas assez», indique le vendeur d'un air penaud.

Depuis le 11 mars, jour des terribles secousses telluriques et du tsunami qui ont ravagé le nord-est de l'archipel, les Japonais ne paniquent pas, mais agissent par réflexe, comme à toutes les crises majeures.

Ils accumulent des marchandises d'usage quotidien au cas où ils seraient bloqués chez eux plusieurs jours ou de crainte que la rareté ne fasse grimper en flèche les prix.

Il ne s'était pas écoulé trois heures après le séisme que des hordes de Nippons s'étaient ruées dans les supermarchés pour acheter des nouilles instantanées, de l'eau, des conserves, des piles électriques... et du papier de toilette.

De nombreux foyers japonais ont beau être équipés de toilettes électroniques à jet d'eau et séchage, ils utilisent toujours autant de papier de toilette.

Des entreprises sont même forcées de préciser à leurs salariés qu'il n'est pas correct de voler en douce un rouleau.

Les batailles de ménagères autour de quatre rouleaux de papier de toilette au moment du choc pétrolier de 1973, sur fond d'inflation galopante, sont restées dans les annales des télévisions.

La pénurie actuelle à Tokyo résulte quant à elle des dommages infligés à de grandes usines à papier dans les préfectures très affectées de Miyagi, de Fukushima ou d'Ibaraki.

Selon les données recueillies aux caisses des magasins, le lendemain de la catastrophe, les habitants de Tokyo ont dépensé en moyenne cinq fois plus en nouilles instantanées et jusqu'à huit fois plus en eau minérale, une envolée de la demande qui s'est aussi traduite par une ascension des prix.

Depuis, en raison d'usines endommagées, de routes impraticables, de l'essence rationnée ou encore d'une fourniture insuffisante d'électricité, la production et les livraisons ne reprennent que très lentement.

«C'est très très loin d'être parfait», témoigne une vendeuse de l'enseigne FamilyMart, pourtant située près d'un centre d'accueil de sinistrés.

Si bien que les consommateurs se précipitent sur les arrivages, judicieusement placés en tête de gondole.

Une partie des détaillants assurent cependant que la situation commence à s'arranger, grâce à une augmentation de la production dans des sites de l'ouest de l'archipel, région totalement épargnée par la catastrophe et ses conséquences.

Des chaînes devraient aussi redémarrer progressivement dans les usines du nord-est. Reste que certaines, situées à moins de 80 km de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima, sont à la merci d'une éventuelle extension du périmètre d'évacuation autour de ce site hautement radioactif.