Les locataires montréalais qui doivent déménager paient 23 % plus cher leur nouveau logement, et ils sont beaucoup plus à risque de vivre un épisode d’itinérance, selon de nouvelles données dévoilées mercredi par l’organisme Vivre en ville.

Ceux qui déménagent cassent leur tirelire

« Les gens qui déménagent aujourd’hui vivent une augmentation de loyer qui dépasse de loin les augmentations de loyer qui sont répertoriées dans les moyennes », souligne Adam Mongrain, directeur du secteur de l’habitation à Vivre en ville. Selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), les hausses de loyer dans la région de Montréal sont estimées à 8,5 % en 2023 (l’étude de Vivre en ville a de son côté constaté une augmentation de 6 %), mais elles concernent l’ensemble des appartements, notamment ceux où les locataires ne déménagent pas. « Si les gens sont obligés de déménager, la situation est extrêmement précarisante. Très peu de gens augmentent leur revenu après impôts de 250 $ par mois, surtout pour les personnes âgées. C’est impossible de trouver ces sommes supplémentaires », remarque M. Mongrain.

Des loyers plus chers

Le segment des logements dont le loyer se situe entre 500 $ et 749 $ est en fort recul depuis un an (de 25 % à 18 %), tandis que le segment des logements dont le loyer dépasse 1250 $ est en forte progression (de 21 % à 28 %). De plus, 84 % des locataires montréalais ne sont pas informés de l’existence de la section G du bail, qui indique le loyer payé pour leur logement au cours des 12 derniers mois. « C’est pourtant une exigence légale au Québec de dévoiler cette information, rappelle Adam Mongrain. Dans la dernière année, ça ne s’est pas amélioré du tout. »

Hausse de l’itinérance

« L’augmentation de l’itinérance à cause de la hausse des loyers ou en raison d’évictions, ça nous démontre la variété des visages de l’itinérance : c’est vous, c’est moi, nos voisins, des gens de notre communauté qui ont de la difficulté à avoir accès à un toit, ce qui provoque du désespoir et une multitude d’autres problèmes », souligne Robert Beaudry, responsable de l’itinérance au comité exécutif de la Ville de Montréal. « C’est une source énorme d’inquiétude, renchérit Adam Mongrain. Ce chiffre monstrueux devrait guider l’ensemble de nos politiques publiques. »

Itinérance cachée

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« Il y a beaucoup de gens sans domicile fixe qui dorment chez un ami ou dans leur voiture, qui n’auront pas tendance à se déclarer comme étant itinérants, mais il y a une forte progression du nombre de personnes qui sont passées par une telle situation », remarque Adam Mongrain. Il souligne aussi que l’effritement du nombre de logements abordables risque de jeter de plus en plus de personnes à la rue.

Les ménages montréalais défendent leurs droits

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À Montréal, 11 % des locataires sont déjà allés au Tribunal administratif du logement (TAL) pour une fixation de loyer, ce qui représente une augmentation relative de 37,5 % depuis 2023. Adam Mongrain note que si un registre des loyers était mis en place par Québec, moins de causes se retrouveraient devant le TAL. Les ménages montréalais sont les plus enclins de la province à défendre leurs droits, révèle l’étude Léger et Vivre en ville 2024, réalisée à partir d’un sondage web auprès de 5550 locataires du Québec.