Les problèmes s’accumulent au cimetière Notre-Dame-des-Neiges malgré la fin de la grève. Après deux ans d’attente pour une réponse sur une date d’enterrement, une cliente a même appris que les dossiers de son grand-père et de sa tante s’étaient tout simplement volatilisés.

Ce qu’il faut savoir

  • Plusieurs personnes déplorent de longs délais de traitement au cimetière Notre-Dame-des-Neiges.
  • Le syndicat soulève la question de la réduction des effectifs au cours des dernières années.
  • La direction, elle, promet un retour à la normale d’ici la fin de l’année.

« Honnêtement, je ne comprends pas ce qui se passe dans ce cimetière », lance Émilie Nantel, qui décrit son parcours avec la direction comme une véritable épreuve.

Tout a commencé en janvier 2022, au moment du décès de son grand-père. Son enterrement, initialement fixé au mois d’août suivant, a d’abord été reporté en raison de l’état des lieux. « Je me souviens, mon oncle était allé la veille. Ça n’avait aucun sens, on aurait enterré mon grand-père dans une dompe. Les pierres étaient envahies par le gazon », note Mme Nantel.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Par endroits, la végétation envahit les pierres tombales.

Dans les mois suivants, sa famille tente à maintes reprises de joindre le cimetière pour programmer une nouvelle date. « On a téléphoné plein de fois, mais ça ne répondait jamais. Tout le monde n’en revenait pas. »

Le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, l’un des plus grands du Canada, a été en grande partie fermé au public de la mi-janvier à la mi-septembre de l’année dernière en raison d’une grève de certains de ses employés. À un certain moment, plus de 300 corps étaient en attente d’inhumation. La grève des employés de bureau, elle, s’est échelonnée jusqu’en janvier dernier.

« Il n’y avait rien »

Pour Émilie Nantel, l’inimaginable s’est toutefois produit plus récemment, en avril dernier. « Quand j’ai réussi à avoir quelqu’un au bout du fil, on m’a dit qu’il n’y avait strictement rien au nom de mon grand-père. J’avais des factures avec des numéros de dossier, mais ils n’ont rien trouvé. On est même allés par date de décès, par plein de choses. Il n’y avait rien », raconte-t-elle.

Le plus curieux, ajoute la Montréalaise, est que son grand-père avait déjà eu un rendez-vous et payé pour son enterrement. « Tout était fait. […] Tout le processus entamé avait juste disparu. »

Presque au même moment, un sort identique a été réservé à sa tante, décédée peu après son grand-père. Tous les documents avaient été remplis, mais le dossier avait été perdu.

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Le cimetière Notre-Dame-des-Neiges est l’un des plus grands du Canada.

« On m’a même dit à un moment que comme ma tante se trouvait dans l’outil de recherche pour trouver un défunt, ça voulait dire qu’elle était enterrée. Elle ne l’a jamais été », relate Émilie Nantel. À force d’insister, celle-ci a finalement obtenu une date d’enterrement pour son grand-père et sa tante, le 18 juillet prochain, deux ans et demi plus tard. Elle dit toutefois vouloir raconter son histoire pour changer les choses.

C’est un deuil qui a été fait il y a longtemps, mais il ne sera jamais terminé tant qu’on ne les enterrera pas. C’est stressant. Pour moi qui ai 30 ans, c’est une chose, mais pour ma grand-mère qui a 74 ans et qui attend d’enterrer son mari des 50 dernières années, c’est vraiment lourd.

Émilie Nantel

De 27 à 15 employés

Le président du Syndicat des employés de bureau du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, Éric Dufault, n’est pas étonné. « Depuis 15 ans, l’employeur n’a qu’un seul but dans son cimetière : c’est de réduire la masse salariale, le nombre d’employés, et ça veut dire réduire les services. Le personnel administratif, on était 27 en 2017 et on est rendus 15 », souligne-t-il.

« Des cas comme celui de Mme Nantel, on en a découvert des dizaines depuis qu’on est revenus de grève », ajoute le leader syndical.

Les familles ont été totalement oubliées et négligées, même méprisées, je dirais. On éteint des feux partout au cimetière en ce moment.

Éric Dufault, président du Syndicat des employés de bureau du cimetière Notre-Dame-des-Neiges

À la Fabrique de la paroisse Notre-Dame, qui gère le cimetière, le directeur des ventes et du service à la clientèle, Éric Choinière, offre d’abord ses excuses aux familles. « On est très au courant de la situation et fort désolés. […] On a bon espoir que tout ça sera rétabli pour la fin de l’année. »

Avant la fin de la grève des employés de bureau, en janvier, M. Choinière rappelle que seuls « quelques gestionnaires » travaillaient. « On a donné priorité aux inhumations, puis au retour de la grève, à faire sortir les cercueils. En ce moment, on a 40 à 50 rendez-vous par jour », explique-t-il.

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Le cimetière Notre-Dame-des-Neiges

Quant à la malpropreté des lieux, le gestionnaire reconnaît que « dans certaines sections, le gazon arrive au genou ». « C’est parce qu’on a eu un printemps extrêmement pluvieux et ça pousse rapidement. Peu importe le nombre d’employés qu’on mettrait, ça serait presque impossible de tout faire ça dans la même semaine. »

« Il y a assez d’effectifs, et la semaine prochaine, on a des étudiants qui vont rentrer [pour la tonte]. On met les bouchées doubles, mais un niveau d’appels très élevé avec un retard accumulé, ça fait beaucoup à servir en même temps », conclut M. Choinière.

Avec La Presse Canadienne

Une vidéo virale refait surface

Une vidéo virale montrant des ossements humains déterrés par des marmottes au cimetière Notre-Dame-des-Neiges a été republiée sur les réseaux sociaux, il y a un peu plus d’une semaine. Dans la vidéo, qui date de 2021, un internaute relate être tombé sur un gros trou creusé par une marmotte devant la tombe voisine de celle de son grand-père. Les ossements s’apparentaient à un crâne et des côtes. « Ce que vous avez vu dans la vidéo, c’est très représentatif de ce qui se passe. La job n’avance pas », avait alors déploré le porte-parole du Syndicat des travailleuses et travailleurs du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, Patrick Chartrand.

Visionnez la vidéo sur Facebook Lisez l’article « Des marmottes déterrent des ossements », publié en 2021