Québec a bon espoir d’arriver à livrer le chantier dans le tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine avec un peu moins d’un an de retard, même si les tours de ventilation sont plus endommagées que prévu. Toutefois, les travaux devront être condensés et les coûts risquent de bondir.

« Je pense qu’on va y arriver. Les délais annoncés par le Ministère sont raisonnables, et on les partage. On est encore sur un chantier de rénovation, on peut toujours avoir des découvertes, on ne sait jamais, mais je pense qu’on va y arriver », a expliqué mercredi le directeur du projet de réfection majeure du tunnel chez le consortium Renouveau La Fontaine, Stéphane Campedelli.

PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, COLLABORATION SPÉCIALE

Stéphane Campedelli, directeur du projet chez le consortium Renouveau La Fontaine

Ses équipes avaient convié les médias à une grande visite du chantier, quelques jours après que La Presse eut révélé que le vaste chantier du pont-tunnel se prolongerait au minimum de près d’un an, la fin de la fermeture de trois voies sur six de l’infrastructure étant désormais prévue à l’automne 2026. La fin du projet, qui était jusqu’ici fixée à 2026, pourrait donc aller à encore plus loin.

Deux facteurs surtout expliquent ces retards : d’abord, un bris d’équipement survenu sur une installation supportant la voûte du tunnel, ensuite, des tours de ventilation « nettement plus endommagées que prévu », a dit M. Campedelli, en faisant le tour de ces infrastructures extérieures au chantier.

  • Les tours de ventilation sont plus endommagées que prévu.

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    Les tours de ventilation sont plus endommagées que prévu.

  • Cette pièce d’équipement a subi un bris récemment.

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    Cette pièce d’équipement a subi un bris récemment.

  • La voûte du tunnel était très endommagée au début des travaux.

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    La voûte du tunnel était très endommagée au début des travaux.

  • La fin du projet, qui était jusqu’ici fixée à 2026, pourrait être repoussée.

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    La fin du projet, qui était jusqu’ici fixée à 2026, pourrait être repoussée.

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Même en matière de construction, des imprévus ont surgi autour des tours de ventilation, a reconnu le gestionnaire. « Tous les panneaux de soutien s’appuyaient sur la partie basse de la tour, au lieu d’être tenus eux-mêmes sur la structure. Ça, c’est un mode de fonctionnement qui n’était pas prévu. Ça ne nous permet pas de démonter la partie basse pour tout remplacer. »

À ce jour, environ 90 % du bétonnage du premier tube, direction sud, a été complété ; il ne reste donc plus que neuf sections de la voûte à bétonner. Il faudra ensuite procéder à des travaux de peinture et d’éclairage, entre autres. En comptant les travaux additionnels sur les tours de ventilation, on ne basculera dans le tube nord qu’au printemps 2025, et non cet été, comme prévu.

Une facture salée

Bref, une chose est certaine : les coûts initiaux de 2,5 milliards ne tiendront plus. « C’est logique. Maintenant, il faut juste voir en fonction des enveloppes prévues pour les risques pour établir quels sont les coûts additionnels requis », a prudemment dit le directeur des grands projets du Grand Montréal au ministère des Transports, Martin Giroux, qui participait aussi à la visite.

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Martin Giroux, directeur des grands projets du Grand Montréal au ministère des Transports

Très peu de détails filtrent encore sur la facture, mais selon nos informations, plusieurs scénarios sont envisagés par les autorités, dont une augmentation d’au moins quelques centaines de millions.

Québec, de son côté, se dit « actuellement en négociations avec le consortium Renouveau LaFontaine pour évaluer l’ensemble des impacts des travaux additionnels sur le contrat, la mobilité et la planification gouvernementale ». « Nous ne ferons aucun commentaire additionnel pour ne pas nuire à ces négociations », a déclaré mercredi le cabinet de la ministre des Transports, Geneviève Guilbault.

M. Giroux, lui, demeure optimiste. « On a quand même l’expérience du premier tube, et on peut penser que les travaux dans le prochain tube vont être similaires, mais là, on va y aller plus au niveau de la productivité [de nos équipes]. Et on [a bon espoir] que ce qu’on a vu dans les derniers mois va nous permettre une certaine fiabilité pour la suite », a-t-il conclu, n’excluant donc pas l’accélération de certains travaux.

Un ouvrier électrisé

Au-delà du coût, les enjeux de santé et de sécurité au travail ont aussi été au cœur des discussions avec le syndicat ces dernières semaines, après qu’un travailleur eut reçu une décharge électrique sur le chantier le 9 mai dernier alors qu’il se trouvait sur un échafaudage. Son casque avait cogné un boîtier électrique qui pendait, et en tentant de le dégager, il a ressenti un courant électrique passer de sa main droite à sa main gauche. « Il a ressenti un choc, puis un picotement oui, mais ça n’est pas allé plus loin que ça », a confirmé M. Campedelli en parlant de cette affaire. « C’était dû à un défaut à corriger qui a été pris en main par la direction de projet. C’est un chantier, on est en progrès permanent, ce serait se voiler la face de se dire que tout est parfait, qu’on est inattaquables, qu’il n’y a aucun risque. Notre démarche, c’est de dire : on est toujours à risque et on doit toujours progresser », a-t-il ajouté, en assurant que la sécurité fait régulièrement l’objet de formations ou d’ateliers.