Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont été vifs jeudi soir sur le campus de l’Université McGill et dans les environs, alors que des manifestants propalestiniens se sont barricadés pendant près de deux heures dans le pavillon de l’administration James.

Des dizaines de manifestants se sont réunis sous une pluie battante devant l’immeuble en soutien à ceux qui occupaient le pavillon. La tension est ensuite progressivement montée, poussant le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) à faire usage de gaz irritant et à charger la foule.

« Les étudiants ont occupé et bloqué le pavillon de l’administration James en protestation à l’escalade actuelle à Rafah et du génocide qui a lieu à Gaza », dit Sandra*, venue manifester avant l’arrivée de la police.

PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, COLLABORATION SPÉCIALE

Manifestant agitant un drapeau palestinien

Elle explique que les étudiants n’ont « pas eu le choix » de prendre des « mesures exceptionnelles » face au refus de McGill de répondre aux demandes des occupants du campement sur le campus McGill.

Zeyad fait lui partie du regroupement Solidarité pour les droits humains des Palestiniens et Palestiniennes de l’Université Concordia. Comme beaucoup de manifestants, il a répondu à l’appel lancé sur les réseaux pour venir soutenir les étudiants barricadés.

« L’esprit étudiant et du monde ne s’arrêtera jamais tant que l’Université est complice, dit-il. La complicité avec le génocide ne sera jamais normalisée. »

Les étudiants souhaitaient alors occuper l’immeuble aussi longtemps que l’Université ne s’engageait pas à rompre ses liens financiers avec l’État israélien. Des policiers ont alors été dépêchés sur les lieux à la demande de l’Université McGill, selon Radio-Canada.

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L’ambiance était tendue jeudi soir sur le campus de l’Université McGill entre manifestants propalestiniens et policiers.

« Des manifestants occupent présentement le pavillon principal de l’administration, situé sur le campus du centre-ville, s’est contentée de déclarer l’Université. Les forces de l’ordre ainsi que [notre] service de sécurité […] sont sur place. »

« Nous n’arrêterons pas »

Les manifestants ont ensuite joué au chat et à la souris avec la police sur le campus avant de se répandre dans les rues avoisinantes jusqu’au boulevard Saint-Laurent. Des tirs d’engins pyrotechniques ont par ailleurs visé les forces de l’ordre.

« Tant que notre administration ne nous écoute pas, nous n’arrêterons pas, explique Jay*, venue manifester sur le campus. On restera toute la nuit s’il le faut pour protéger les élèves [barricadés]. »

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Un homme utilise son parapluie pour affronter les policiers.

« Les étudiants voient qu’il y a une escalade à Rafah, ça ne peut donc que commencer à [s’intensifier] ici aussi, ajoute Jay*. Tant que l’on verra la violence [s’intensifier] et des bombes qui tombent en toute impunité, nous allons devenir de plus en plus passionnés à l’égard de la cause. »

Cet évènement s’inscrivait dans le cadre de l’appel mondial #escalate4rafah qui vise à accentuer la mobilisation en soutien au peuple palestinien.

L’intervention du SPVM s’est terminée vers 22 h 30 jeudi.

* Noms fictifs. Ces personnes ont réclamé l’anonymat par crainte de représailles.

Quinze personnes arrêtées

En fin de soirée, la porte-parole du SPVM Véronique Dubuc a indiqué que 13 personnes avaient été arrêtées pour introduction par effraction et deux pour entraves au travail des policiers.

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L’ambiance était tendue jeudi soir sur le campus de l’Université McGill entre manifestants propalestiniens et policiers.

« En ce qui concerne les manifestations qui ont eu lieu à l’extérieur, dans les rues et sur le terrain de l’Université McGill, plusieurs infractions criminelles ont été commises, dont des agressions envers les policiers », indique Mme Dubuc.

« Divers objets ont été lancés en leur direction, il est notamment question de pièces pyrotechniques, de roches et de coups de bâton. »

Le service de police rapporte aussi des méfaits tels que du saccage et des graffiti. Aucun policier ou citoyen n’a toutefois été blessé, selon le SVPM.

La Presse Canadienne

McGill dénonce l’attitude des manifestants

L’Université McGill « condamne fermement » l’attitude des manifestants propalestiniens qui se sont barricadés jeudi dans son pavillon administratif en réponse à l’appel à l’action #Escalate4Rafah et qui se sont livrés à des « tactiques illégales », selon elle.

La tension est montée d’un cran sur le campus de McGill, jeudi, lorsque des manifestants se sont introduits dans un bâtiment. L’incident a entraîné une opération policière d’envergure, lors de laquelle les forces de l’ordre ont procédé à 15 arrestations.

Dans un communiqué publié vendredi matin, la direction de McGill a dénoncé « le recours à toute forme d’intimidation, d’agression et de harcèlement ou aux tactiques illégales ». Elle a dit être prête à poursuivre les négociations avec les manifestants, mais a reproché à ces derniers de s’être retirés des pourparlers.

Selon la version des faits de la direction, les manifestants qui sont entrés dans le pavillon de l’administration James jeudi ont « vandalisé des parties intérieures et extérieures de l’immeuble, se sont barricadés à l’intérieur d’une pièce et ont endommagé du mobilier ».

« Certains employés ont été forcés de trouver refuge, à l’abri des manifestants qui frappaient sur les portes et proféraient des menaces », a avancé la direction, qualifiant ce qui s’est passé jeudi d’« évènements troublants ».

La Presse Canadienne a vu des manifestants être escortés à l’extérieur du bâtiment par des policiers, mais n’a pas pu valider de manière indépendante les allégations de McGill concernant ce qui s’est déroulé à l’intérieur.

De l’avis de la direction de l’université, les évènements survenus jeudi ne sont que « les plus récents de l’escalade » en cours depuis les dernières semaines.

Depuis que le campement propalestinien a été installé sur son campus, à la fin avril, l’université affirme que des manifestants masqués se sont rendus « plus d’une fois » à la résidence personnelle de membres de sa haute direction.

« Les bureaux d’une équipe de l’université ont également été ciblés. On y a dressé une table comportant des aliments avariés accompagnés d’une affiche sur laquelle figurait le nom de chaque membre de l’équipe et des empreintes de main peintes en rouge, évoquant le sang », a allégué la direction.

L’université dit également avoir été témoin d’altercations entre des manifestants et des étudiants qui sont venus prendre des photos sur le campus après leur cérémonie de collation des grades, qui a été déplacée au Centre Bell en raison de la présence du campement.

« Loin d’être pacifiques, ces gestes ont pour but de menacer, de contraindre et de faire naître la peur. Ils sont complètement inacceptables », a plaidé la direction.

Selon l’université, les manifestants ont rejeté sa plus récente offre pour poursuivre le dialogue, la semaine dernière.

« Dans de nombreux autres établissements, les responsables du campement ont mis leurs divergences de côté afin de trouver un terrain d’entente avec la direction. Or, à McGill, l’offre — pourtant comparable à celle d’autres universités qui sont parvenues à une entente — a été rejetée », a-t-elle indiqué.

La Presse Canadienne