BIXI, Communauto, métro, bus, taxi, covoiturage : que diriez-vous de payer une seule fois par mois pour tous les services de transport collectif ou actif à Montréal, en fonction de votre utilisation, dans une seule et même application ? C’est à ce chantier de longue haleine que travaille actuellement l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM).

Mis à jour le 2 juillet
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Notre but, c’est vraiment de voir comment on peut offrir un vrai portefeuille de mobilité, qui inclurait le transport collectif, les vélos ou les voitures en libre-service et tous les modes émergents. On veut vraiment offrir un déplacement d’un point A à un point B, avec une solution complète », explique le directeur général de l’ARTM, Benoît Gendron, en entrevue avec La Presse.

Une telle application mobile n’est toutefois pas pour demain. À l’interne, on envisage qu’elle pourrait voir le jour « graduellement » au cours des cinq ou six prochaines années. Plusieurs discussions doivent encore avoir lieu, mais déjà, des idées se dégagent.

« Ça pourrait vouloir dire par exemple que l’usager paie à la fin du mois sa facture en transport collectif, selon l’usage qu’il en fait. On calculerait alors le forfait le plus intéressant, avec un plafond, pour pouvoir payer en fonction des modes utilisés, plutôt que de payer au début du mois pour avoir un titre limité », précise le porte-parole de l’organisme, Simon Charbonneau.

L’application Chrono, offerte depuis quelques mois, regroupe déjà les services offerts par les opérateurs de transport du Grand Montréal. Mais elle s’en tient à cela. Ce qui se prépare actuellement à l’ARTM, c’est un véritable « buffet de services », où tout serait offert au même endroit, pour un prix adapté à chaque usage. « Quand on parle de dépoussiérer le transport collectif, c’est vraiment ça », affirme Benoît Gendron.

PHOTO TIRÉE DU SITE DE L’ARTM

Benoît Gendron, directeur général de l’ARTM

Ça veut dire de faire en sorte que c’est facile et prévisible de se déplacer en transports en commun, comme ce l’est avec Uber ou d’autres plateformes, par exemple. Pour un usager qui veut se rendre rapidement au centre-ville, ça peut notamment être un vélo électrique qui l’amène au métro, et ainsi de suite. Tout ça serait intégré à même l’application.

Benoît Gendron, directeur général de l’ARTM

Selon nos informations, Québec a également chargé l’ARTM d’examiner la possibilité d’offrir une telle plateforme au-delà du Grand Montréal. Chaque ville pourrait ainsi éventuellement l’utiliser selon ses propres réalités régionales de mobilité. Ceci n’est pas sans rappeler qu’en 2018, la Société de transports de Montréal (STM) avait lancé l’application Céleste, aussi censée intégrer plusieurs modes de mobilité. Le projet avait toutefois été abandonné peu après.

Un projet « très porteur »

De l’avis de Pierre Barrieau, expert en planification des transports de l’Université de Montréal, l’idée d’une application englobante est très porteuse. « C’est ce qu’on appelle en anglais le MAAS, pour mobility as a service. Au lieu d’acheter une voiture, on vend le fait d’acheter une multitude de modes, et pas juste le métro ou le bus, par exemple », explique-t-il.

C’est vraiment l’étape suivante du transport collectif. Le problème numéro 1 en ce moment, c’est que toutes les plateformes technologiques comme BIXI, la STM ou Communauto, elles ne se parlent pas entre elles. Les faire converger, c’est non seulement très réalisable, mais surtout très pragmatique.

Pierre Barrieau, expert en planification des transports de l’Université de Montréal

Deux autres innovations devraient par ailleurs arriver dès l’an prochain dans le Grand Montréal : le paiement ouvert, qui se ferait dans le métro ou les bus au moyen d’une carte de crédit ou de débit, et la recharge de la carte OPUS au moyen d’un téléphone intelligent. Les deux initiatives ont fait l’objet d’un projet pilote, dont les conclusions apparaissent satisfaisantes.

Le tout survient alors que, depuis le 1er juillet, les titres de transport par villes ont fait place aux titres « métropolitains » dans le Grand Montréal. Tout usager doit maintenant débourser entre 94 $ et 255 $ mensuellement pour se déplacer à travers le réseau, en fonction du nombre de zones empruntées quotidiennement.

Essentiellement, cette refonte regroupe quatre zones dans le Grand Montréal : la zone A (agglomération de Montréal), la zone B (Laval et agglomération de Longueuil) et les zones C et D (couronnes nord et sud). Deux principaux titres demeurent : l’un « tous modes », qui permet d’utiliser le métro, le Réseau express métropolitain (REM), le bus et les trains de banlieue, l’autre appelé « bus partout », qui permet d’utiliser tous les réseaux de bus de la région métropolitaine. Des titres de bus « spéciaux liés au REM » sont aussi offerts au besoin.

Ainsi, un Montréalais qui payait 90,50 $ pour un titre mensuel de la Société de transport de Montréal (STM) doit maintenant passer au titre « tous modes A » pour circuler dans l’île, qui coûte 94 $. Un titre « tous modes AB » coûte 150 $, tandis qu’il faut débourser 184 $ pour un titre « tous modes ABC » et 255 $ pour un titre « tous modes ABCD ». Tous les réseaux d’autobus de Montréal, Laval et Longueuil sont regroupés sous un même « Titre bus », qui coûte 105 $ par mois. Le titre « unitaire » est maintenu à 3,50 $.

En savoir plus

  • 15 %
    Perte de revenus « permanente » avec laquelle l’ARTM s’attend à devoir composer, même après la fin de la pandémie. Cette année, les pertes sont évaluées entre 250 et 400 millions de dollars.
    Source : Autorité régionale de transport métropolitain
    65 %
    Niveau de la fréquentation du transport collectif par rapport à celui d’avant la pandémie
    Source : Autorité régionale de transport métropolitain