Montréal est en réflexion sur l’avenir de la caserne no 1, ce bâtiment emblématique laissé vacant depuis le déménagement du Centre d’histoire de Montréal il y a quelques années. Si la Ville confirme avoir reçu « plusieurs déclarations d’intérêt » sur le bâtiment patrimonial, des voix s’élèvent déjà pour en faire du logement, ou encore pour l’intégrer au musée Pointe-à-Callière, situé tout près.

Publié le 25 mai
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Nous avons reçu plusieurs déclarations d’intérêt pour la caserne no 1 située au 335, rue Saint-Pierre, dans le Vieux-Montréal. La réflexion sur la forme que prendra le projet a débuté à l’interne, mais il est encore trop tôt pour en dire plus », confirme en effet une porte-parole de la Ville de Montréal, Camille Bégin.

L’administration indique qu’elle « communiquera » sa décision à cet effet « en temps et lieu », au courant des prochaines semaines, voire des prochains mois.

En 2018, le Centre d’histoire de Montréal – qui a logé dans l’ancien poste emblématique de la place D’Youville pendant des années – a déménagé pour s’installer au square Saint-Laurent, en plein cœur du centre-ville. Depuis cette date, le bâtiment est vacant, même si de l’entreposage s’y fait toujours.

Or, voilà, cet édifice ne peut pas être confié à n’importe qui, et pas n’importe comment. Conçu par les architectes Joseph Perreault et Simon Lesage au tournant du XXsiècle, « il est situé dans le site patrimonial du Vieux-Montréal, et est protégé en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel », rappelle Mme Bégin.

Un « campus muséal »

Chez Héritage Montréal, le directeur des politiques, Dinu Bumbaru, affirme que « la logique voudrait qu’on connecte d’une façon ou d’une autre la caserne au musée Pointe-à-Callière, afin d’en faire un genre de campus muséal associé ». « Ça donnerait une vue d’ensemble culturelle assez intéressante », dit-il.

« La certitude, c’est qu’au lieu de se débarrasser de ce bâtiment emblématique et municipal, pour ensuite devoir construire autre chose, il faut absolument utiliser ce qui est déjà là. N’abandonnons pas d’aussi vieux bâtiments », implore M. Bumbaru, dont le groupe fait de la protection du patrimoine un cheval de bataille depuis des décennies déjà dans la métropole.

C’est un secteur névralgique où il y a beaucoup d’éléments architecturaux et patrimoniaux, dont les écuries D’Youville et les entrepôts de la rue Saint-Pierre. La réflexion va donc devoir être très large.

Dinu Bumbaru, directeur des politiques chez Héritage Montréal

Jointe par La Presse, la directrice des communications du musée Pointe-à-Callière, Marie-Josée Robitaille, confirme justement que son groupe a déposé une demande à la Ville de Montréal dans les dernières semaines pour occuper la caserne. « On a en effet manifesté notre intérêt pour ce joyau patrimonial. Notre demande semble bien cheminer. On a déjà un partenariat avec le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), pour que si la Ville accède à nos demandes, on fasse affaire avec eux, pour bien mettre en valeur le patrimoine. Notre but serait d’en faire un musée préscolaire pour les tout-petits. Mais on n’est pas encore rendus là », poursuit-elle.

Si le projet va de l’avant, le musée Pointe-à-Callière poursuit même l’objectif de « relier la caserne en souterrain » à son site archéologique situé sur un stationnement extérieur entre le bâtiment et la rue McGill, sur la place D’Youville. Des milliers d’artéfacts ont été trouvés sur le site au cours des dernières années, et le musée cherche une façon de mieux les « mettre en valeur ».

Du logement ?

Professeur d’urbanisme à l’Université McGill, David Wachsmuth évoque quant à lui la possibilité de construire des logements dans l’ancien poste.

« Avec la crise du logement abordable, la première question, ça devrait être : est-ce qu’on peut faire des unités résidentielles en maintenant la structure du bâtiment ? Ça impliquerait évidemment des coûts importants et beaucoup de questions, mais je pense qu’on doit démarrer là », soutient l’expert.

« Il faut minimalement évaluer cette possibilité, surtout quand on sait que la Ville dit depuis un moment déjà qu’il devrait y avoir plus de logements dans le Vieux-Port. Jusqu’ici, la Ville est parvenue à créer cette dimension résidentielle beaucoup plus marquée », poursuit M. Wachsmuth.

Ce dernier affirme d’ailleurs à son tour que la situation de la caserne no 1 est « unique » en son genre. « J’ai souvent dit par le passé qu’on devrait collectivement être un peu plus enclins à laisser aller des vieux bâtiments, parce que c’est aussi comme ça que les villes grandissent. Mais dans ce cas-ci, c’est vraiment une situation unique. On ne veut pas que les bâtiments emblématiques restent vides, mais en même temps, ça prend une approche très respectueuse de son histoire », conclut le professeur.