L’Autorité régionale de transport métropolitain recourt à un « style de gestion brusque » et fait preuve d’une « opacité organisationnelle », selon un rapport dévastateur déposé mercredi à l’Assemblée nationale. Québec souhaite modifier la loi sur l’ARTM pour « recadrer » les activités du groupe.

Mis à jour le 25 mai
Maxime Bergeron
Maxime Bergeron La Presse

En entrevue à La Presse, le ministre des Transports François Bonnardel a indiqué qu’il donnera « quelques semaines » à l’organisation pour redresser la barre après les constats « extrêmement durs » exposés dans le document.

L’ARTM est responsable depuis 2017 de planifier et coordonner tout le transport collectif dans la grande région de Montréal. Il était jusque-là écartelé entre plusieurs sociétés comme la STM, la STL, le RTL et exo.

Or, les choses ne se sont pas déroulées aussi rondement que prévu, confirme un rapport du ministère des Transports concocté avec l’aide d’une firme d’enquête externe. Loin de là.

« Les principaux intervenants du transport collectif de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) consultés sur l’efficacité et la performance de l’ARTM reprochent à celle-ci un style de gestion brusque et une opacité organisationnelle qui constituent, selon eux, de véritables obstacles à l’établissement d’une collaboration réelle et constructive », peut-on y lire.

Les 82 villes de la CMM, ainsi que les dirigeants des sociétés de transports du Grand Montréal, ont été sondées dans le cadre de cette enquête. Leurs constats sont tranchants.

« De manière générale, les parties prenantes ont exprimé une insatisfaction concernant non seulement les façons de faire de l’ARTM, mais aussi la manière dont elle s’acquitte de ses responsabilités en matière d’administration et de planification », indique le rapport.

« Dans ce dernier cas, les parties prenantes estiment que l’ARTM outrepasse ses responsabilités en s’ingérant dans des secteurs opérationnels qui relèvent des organismes publics de transport collectif », ajoute-t-on.

Les intervenants dénoncent aussi la faible transparence de l’organisme et un manque d’expertise en transport collectif au sein de son conseil d’administration.

« Confusion » avec la Caisse

La pandémie de COVID-19 et l’avènement de CDPQ Infra dans le portrait du transport collectif ont joué un rôle important dans la contre-performance de l’ARTM, souligne le document.

Cette filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec pilote depuis 2016 la construction du Réseau express métropolitain (REM). CDPQ Infra est responsable de concevoir, construire et exploiter ce système de train léger de 67 kilomètres dont elle sera propriétaire pendant au moins 99 ans, à moins qu’elle ne décide de le vendre.

Les pouvoirs importants accordés par la loi à CDPQ Infra ont entravé la capacité réelle de l’ARTM à veiller à sa mission de planification des transports collectifs dans la région métropolitaine, selon le rapport. « Plusieurs intervenants s’entendent pour exprimer une certaine confusion en ce qui a trait à ses rôles [de CDPQ Infra] et à ceux de l’ARTM. ».

La première antenne du REM entre la Rive-Sud et le centre-ville de Montréal devrait être mise en service l’automne prochain.

Moment charnière

La sortie de ce rapport tombe à un moment charnière pour l’ARTM. Des modifications ont déjà été apportées à l’organisme ce printemps avec le remplacement du président du conseil d’administration, Pierre Shedleur, par Patrick Savard.

L’ARTM devra s’acquitter d’un gros mandat dans les prochains mois : concocter une nouvelle mouture du REM de l’Est, après le désistement de CDPQ Infra de ce mégaprojet de 10 milliards. Le travail sera fait en partenariat avec la Ville de Montréal, le MTQ et la STM.

Le premier ministre François Legault a déclaré que Patrick Savard sera « très impliqué dans le dossier », et qu’il n’hésitera pas à faire rouler des têtes si l’ARTM ne collabore pas suffisamment à la relance du projet. « Si nécessaire, il y aura des changements faits à la direction de l’ARTM », a-t-il dit début mai.

François Bonnardel a réitéré cette mise en garde en entrevue à La Presse mercredi. « C’est un signal que j’envoie aux dirigeants, que j’envoie à Patrick Savard, à Benoît Gendron [le directeur général de l’ARTM] : vous ne pouvez pas rester assis par rapport à ces constats et dire que ça va bien. Sinon, ça ne marchera pas. »

Le ministre des Transports souhaite que l’ARTM devienne une organisation plus « légère » et « transparente », qui saura « éviter la lourdeur bureaucratique et, surtout, se recentrer sur la question de la planification stratégique ».

Il donne « quelques semaines » aux dirigeants du groupe pour lui proposer une « feuille de route », et « quelques mois » pour la mettre en application.

L’ARTM réagit

Dans une déclaration écrite envoyée à La Presse, Benoît Gendron assure le ministre « qu’il peut compter sur notre entière collaboration pour la suite des choses ». Il estime que l’ARTM a « livré la marchandise » dans plusieurs dossiers, comme la refonte tarifaire, la bonification du financement gouvernemntal pendant la pandémie et la mise en place de navettes fluviales.

« Nous prenons acte des recommandations du rapport et agirons en conséquence, a ajouté M. Gendron. Il sera également nécessaire d’assurer une compréhension commune des rôles et responsabilités de chacun.

La création de l’ARTM par une loi de 2016 prévoyait le dépôt d’un rapport du ministère des Transports du Québec (MTQ) à l’Assemblée nationale au plus tard cinq ans après la création de l’organisme.

Québec semble enclin à modifier certaines dispositions de la loi sur l’ARTM pour recalibrer le partage des pouvoirs entre l’ARTM et les sociétés de transports comme la STM.

Ces changements législatifs ne pourront être faits d’ici la fin de la session parlementaire, dans trois semaines, mais seraient plutôt apportés après la prochaine élection générale si la Coalition Avenir Québec est réélue, a indiqué le ministre Bonnardel.

Critiques de longue date

L’ARTM fait l’objet de nombreuses critiques depuis sa création en 2017. Une enquête publiée par La Presse en novembre dernier révélait que la performance de l’organisme s’attire les foudres de tous les organismes de transport collectif du Grand Montréal, qui sont chapeautés par l’ARTM.

Dans une série de documents destinés au gouvernement et obtenus par La Presse, elles dénonçaient plusieurs « dédoublements » entre leur travail et celui de l’ARTM, une lourde « bureaucratie » et un manque de transparence.

Québec a par ailleurs refusé l’automne dernier le plan stratégique déposé par l’ARTM. Le gouvernement l’a sommé de faire une « priorisation » dans une liste de projets totalisant 57 milliards de dollars et d’établir un « cadre financier » plus précis.