Une « méthode de travail dangereuse », un manuel d’instructions uniquement en anglais… Une dizaine de manquements à la loi ont été constatés par les autorités à la Grande Roue de Montréal à la suite de la mort tragique d’un travailleur en décembre dernier.

Publié le 19 mai
Vincent Larin
Vincent Larin La Presse

Une série de rapports remplis par les inspecteurs de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) à la suite du drame survenu le 25 décembre dernier et rendus publics après une demande d’accès à l’information ouvre une fenêtre sur les circonstances troublantes ayant conduit à la mort de Riley Valcin, 22 ans.

Un vêtement de la victime s’est pris dans un engrenage de l’attraction, avait confié une source proche du dossier à La Presse dans la foulée du triste évènement. L’opérateur responsable n’aurait pas été au courant que l’employé s’affairait à déglacer le manège. Des gens se trouvaient alors à bord, selon des témoins.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM DE RILEY VALCIN

Riley Valcin

Le jeune homme a été entraîné puis coincé entre une roue motorisée et le cadre métallique circulaire de la Grande Roue, ce qui lui a causé des blessures mortelles au front et à l’abdomen, précise la CNESST dans un rapport rempli à la suite d’une visite de ses inspecteurs le 25 décembre 2021 et récemment rendu public.

« Méthode de travail dangereuse »

Plusieurs visites effectuées par des enquêteurs de la CNESST dans les mois qui ont suivi révèlent aujourd’hui de nombreux manquements à la Loi sur la santé et la sécurité du travail sur le site de la Grande Roue de Montréal au moment du drame, y apprend-on.

Ainsi, une « méthode de travail dangereuse a été improvisée le jour de l’accident pour déneiger les structures de la grande roue pendant son fonctionnement », soulignent les inspecteurs dans leurs rapports.

Ces derniers ont d’ailleurs obligé l’entreprise à élaborer des procédures « pour préciser aux travailleurs les consignes et les étapes à suivre en cas de présence de neige ou glace ou de conditions météorologiques difficiles », ce qui n’était pas établi clairement auparavant.

Qui plus est, la « zone dangereuse » où se serait produit l’accident, une plateforme surélevée, n’était bloquée que par une porte de 1,1 mètre de haut, soit une hauteur facile à franchir. « Aucune personne ne devait accéder aux plateformes surélevées pendant le fonctionnement de la grande roue. Or, la concrétisation de l’accident démontre l’inefficacité des mesures administratives en place », souligne la CNESST.

Sans parler des nombreux obstacles à l’apprentissage des opérateurs, dont plusieurs n’avaient jamais pris connaissance du manuel d’opération et de maintenance du manège ; le seul exemplaire de ce document était alors en anglais et se trouvait dans un bâtiment administratif.

Correctifs apportés

Le plus récent rapport obtenu en vertu de la loi d’accès à l’information, daté du 12 avril dernier, fait état des correctifs apportés par les responsables de la Grande Roue, qui en est à sa cinquième année d’exploitation depuis son inauguration à l’occasion du 375anniversaire de Montréal.

Des dix manquements soulevés par les enquêteurs dans leurs rapports, seuls deux n’avaient toujours pas été corrigés. Ainsi, « la grande roue n’est toujours pas munie de protecteur ou d’un dispositif de protection isolant complètement l’accès direct à la zone dangereuse », soulignent les inspecteurs.

De plus, « l’employeur n’a pas informé adéquatement les travailleurs sur les risques liés à leur travail et ne leur assure pas la formation, l’entraînement et la supervision appropriés afin de faire en sorte que les travailleurs aient l’habileté et les connaissances requises pour accomplir de façon sécuritaire le travail qui leur est confié », note la CNESST.

Toutes les mesures intégrées

Questionnée pour savoir si ces situations avaient finalement été corrigées, une porte-parole de la Grande Roue a indiqué mercredi que « toutes les mesures de sécurité additionnelles afin de garantir la sécurité de tous les visiteurs et employés sur le site » avaient été intégrées.

L’entreprise n’a pas souhaité commenter l’origine des problèmes ayant conduit à la mort de Riley Valcin, précisant toutefois que la Grande Roue avait été officiellement certifiée par la Régie du bâtiment avant l’accident.

« Nous attendons toujours la conclusion du rapport final [de la CNESST] à l’heure actuelle. Nous collaborons étroitement avec les inspecteurs de la CNESST, dans l’objectif commun d’assurer la protection de la santé et de la sécurité de tous », a indiqué la porte-parole Lawrence Esso.

Affligé récemment par un autre drame, la mort de leur père dans un accident d’avion en Haïti, le frère de Riley Valcin, Joey, a indiqué mercredi qu’il préférait se concentrer sur les funérailles à venir, le 28 mai prochain.

Avec la collaboration de William Leclerc, La Presse