Le conflit entre des maires et le ministre des Transports, François Bonnardel, pour qui la densification est une « mode », pourrait sembler être une bataille entre des urbains qui veulent renforcer le cœur des villes et des ruraux qui cherchent à s’éloigner pour avoir accès à un bungalow. Mais ce n’est pas le cas. Voici l’exemple d’un maire d’une banlieue de la couronne nord qui a dit non à la « croissance effrénée ».

Publié le 10 mai
Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

Saint-Lin–Laurentides est le parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire en matière d’aménagement du territoire : construire, construire, construire, s’étendre, s’étendre, s’étendre… Mais le nouveau maire a des petites nouvelles : c’est terminé.

« Est-ce qu’on a l’intention de continuer à empiéter sur les zones agricoles pour construire des logements et des commerces ? La réponse, c’est non », affirme Mathieu Maisonneuve.

« La course à la croissance effrénée est terminée à Saint-Lin–Laurentides », jure-t-il.

Le maire de ce village devenu une banlieue s’inscrit dans le même courant que la nouvelle garde municipale dont La Presse décrivait lundi les affrontements avec la CAQ.

Lisez le dossier « Étalement urbain : choc entre les maires et la CAQ »

Ancien banquier, M. Maisonneuve a siégé pendant 12 ans comme conseiller municipal avant d’être élu, en novembre 2021, à la tête de la ville qui l’a vu naître et grandir et où il habite toujours 39 ans plus tard. Saint-Lin–Laurentides n’est pas dans les Laurentides, contrairement à ce que son nom laisse croire. C’est une banlieue de Lanaudière, à la porte de Mascouche.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

  • Des centaines de bungalows ont poussé ces dernières années dans la municipalité et plusieurs projets sont annoncés. Mais depuis décembre, toute nouvelle construction domiciliaire y est interdite, sauf exception.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Des centaines de bungalows ont poussé ces dernières années dans la municipalité et plusieurs projets sont annoncés. Mais depuis décembre, toute nouvelle construction domiciliaire y est interdite, sauf exception.

  • Des centaines de bungalows ont poussé ces dernières années dans la municipalité et plusieurs projets sont annoncés. Mais depuis décembre, toute nouvelle construction domiciliaire y est interdite, sauf exception.

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    Des centaines de bungalows ont poussé ces dernières années dans la municipalité et plusieurs projets sont annoncés. Mais depuis décembre, toute nouvelle construction domiciliaire y est interdite, sauf exception.

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Longtemps dans le top 3 des villes enregistrant la plus forte croissance de population au Québec, elle compte près de 25 000 habitants, 8000 de plus qu’il y a 10 ans.

Or, si M. Maisonneuve était d’accord avec la vision de développement de son prédécesseur, Patrick Massé, élu préfet de la MRC de Montcalm, aux dernières élections municipales, il ne l’est plus.

« L’ancien maire a pris des décisions en fonction du contexte de l’époque », explique-t-il, en entrevue avec La Presse, devant l’école primaire du Ruisseau, au cœur d’un quartier tout neuf. « La situation évolue. Les maires et les mairesses de la MRC ont changé pour la plupart aux dernières élections. Un nouveau mouvement est amorcé. »

Le « moins pire »

Un peu partout dans la petite ville, dont 70 % des terres sont agricoles, on peut voir de grandes pancartes annonçant des projets immobiliers. Des centaines de bungalows ont poussé dans des rues sans arbres, jouxtant de vieilles maisons de rang. Mais depuis décembre, une résolution « historique » interdit toute nouvelle construction domiciliaire, sauf exception. La raison : le manque d’eau potable.

« On avait le choix entre le pire et le moins pire », résume Mathieu Maisonneuve.

On a choisi le moins pire, parce que continuer comme ça, au rythme de développement qu’on avait, on s’en allait dans le mur. C’était la décision responsable à prendre pour éviter que des gens ouvrent le robinet et que ça ne coule pas.

Mathieu Maisonneuve, maire de Saint-Lin–Laurentides

Saint-Lin prévoit qu’à l’automne 2023, les problèmes d’eau pour « les citoyens existants » seront chose du passé. Mais ça pourrait prendre plus de temps pour régler le problème pour de bon.

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Saint-Lin–Laurentides souffre de la congestion routière.

L’eau n’est toutefois pas le seul problème du surdéveloppement. Il y en a un autre : la circulation. Les routes qui mènent à Saint-Lin, la 158, la 335 et la 339, sont restées les mêmes depuis 50 ans, mais le centre de la localité a triplé. Résultat : « on étouffe ! », dit le maire.

Suzanne Pagé-Imbeault, mère de six enfants, en sait quelque chose. Elle a quitté le quartier Hochelaga-Maisonneuve pour s’établir à Saint-Lin il y a cinq ans. De locataire, elle est devenue propriétaire. « C’est tranquille ici », dit-elle.

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Suzanne Pagé-Imbeault

À part les voitures, c’est beaucoup moins dangereux qu’en ville.

Suzanne Pagé-Imbeault, résidante

Une dette écologique

Le maire reconnaît que tout n’est pas parfait.

« Est-ce qu’on a fait comme dans le film Field of Dreams, avec Kevin Costner : Build it and they will come ? lance-t-il. La réponse, c’est non, parce que la fiscalité municipale fait en sorte que c’est très difficile de construire des infrastructures avant que les gens arrivent. On n’a pas l’argent.

« Aujourd’hui, on est obligé de faire du rattrapage. »

M. Maisonneuve ajoute que « sans refaire le passé », Saint-Lin–Laurentides a « une dette écologique à payer ». « Moi, je crois que ça va être important de protéger certaines aires pour s’assurer qu’il ne va pas y avoir de développement. »

En cinq ans, le proportion de milieux naturels est passé de 19 % à 15 %.

Les nouveaux élus veulent revoir le schéma d’aménagement. Ils ont demandé au ministère des Affaires municipales de retarder le dépôt de leur projet d’un an pour avoir le temps « de se poser les bonnes questions ». « C’est pas flou, assure le maire. Ça commence à se préciser. On veut un développement responsable en lien avec la capacité de fournir les ressources. »

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Autour de 70 % du territoire de la municipalité est agricole. Le maire souhaite un virage bio dans le secteur.

« Notre vraie mission, c’est de changer les règles du jeu », enchaîne-t-il, en rêvant de fermes bios.

« Dans le temps, les villes gagnaient des prix parce qu’elles développaient le plus de maisons. Ça a changé. Aujourd’hui, c’est clair que c’était une erreur. Il y a 20 ans, il y a des décisions qui ont été prises qu’aujourd’hui, on doit réparer. Mais, moi, je veux que, dans 20 ans, les gens nous regardent et disent : “Ils ont changé le monde pour le mieux.” »

M. Maisonneuve a un autre souci : l’éducation. Saint-Lin compte sept écoles primaires, mais pas une seule école secondaire. Les jeunes doivent aller à Sainte-Julienne, à 19 km, ou à Saint-Roch-de-l’Achigan, à 14 km, pour poursuivre leurs études. Deux villes pourtant moins populeuses que la sienne.

« Au niveau des statistiques, on est dans la cave du classement de la réussite scolaire, confie-t-il. Ça, ça me fatigue. Si on veut changer les choses pour l’avenir, le meilleur pari qu’on peut faire, c’est donner une bonne éducation aux jeunes. Ça, ça passe, selon moi, par une école secondaire. »

La nouvelle garde régionale

Sébastien Marcil, 36 ans, maire de Saint-Roch-de-l’Achigan, appartient lui aussi à la nouvelle génération d’élus municipaux. « L’âge s’est considérablement rajeuni dans la région, fait-il remarquer. Mathieu Traversy, à Terrebonne, Guillaume Tremblay, à Mascouche, Steve Plante, à L’Épiphanie, Mathieu Maisonneuve, à Saint-Lin, moi, à Saint-Roch. Il y a une espèce de virage qui se fait tranquillement. » Mais contrairement à d’autres, Saint-Roch-de-l’Achigan a fait le choix de conserver sa taille de petite ville. M. Marcil, qui y habite depuis cinq ans, rappelle que cette municipalité de 5000 âmes, située près de l’autoroute 25, est un modèle en matière d’aménagement. « Le développement, affirme Sébastien Marcil, ça commence quelque part et ça finit quelque part. »

En savoir plus

  • 36 ans
    Âge moyen à Saint-Lin–Laurentides
    42,9 ans
    Âge moyen dans l’ensemble du Québec