Québec et Ottawa allongeront 338 millions pour « transformer le modèle d’affaires » d’exo, qui chapeaute plusieurs lignes locales d’autobus en banlieues de Montréal. L’organisme deviendra ainsi propriétaire d’une nouveau parc entièrement électrique.

Mis à jour le 9 mai
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Toutes les activités d’exo liées au service d’autobus sont actuellement confiées à contrat à des transporteurs privés. Chacun d’entre eux est propriétaire de sa flotte », a indiqué d’emblée le ministre des Transports, François Bonnardel, lors d’une allocution en marge d’un dîner-conférence de Trajectoire Québec, lundi après-midi.

Il affirme que la situation « compliquait grandement l’électrification des autobus », puisqu’elle impliquait des investissements privés, que très peu d’entreprises peuvent soutenir. « C’était une barrière à l’entrée. Une solution s’imposait et c’était de soutenir exo afin qu’il devienne propriétaire de sa flotte d’autobus et de ses garages, tout en confiant au secteur privé l’exploitation et l’entretien des autobus », a dit M. Bonnardel.

Au total, exo vise à acquérir plus de 135 autobus électriques d’ici cinq ans. Une première phase de travaux aura lieu jusqu’en 2027, avec un investissement de 338 millions, « dont la majorité des fonds provient du gouvernement du Québec pour l’achat d’une centaine d’autobus électriques et la construction de deux garages d’entretien », indique le cabinet du ministre. Ce dernier précise que le montage financier final « dépendra des choix d’exo », mais aussi de « la disponibilité des fonds fédéraux ».

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Le directeur général d’exo, Sylvain Yelle

« Dans un horizon de 20 ans, on veut être propriétaire de l’ensemble de la flotte d’autobus, qui pourrait aller jusqu’à 1000 autobus électriques », a confirmé le directeur général d’exo, Sylvain Yelle. Il affirme que les premières acquisitions commenceront en 2024. Son groupe, qui possède actuellement 600 autobus, vise aussi à construire 10 garages d’ici 20 ans. Les deux premiers seront situés sur la couronne sud.

Il y a trois ans, en 2019, exo avait conclu dans une analyse d’opportunité que son modèle d’affaires serait « plus avantageux » s’il devenait propriétaire de sa propre flotte d’autobus, ainsi que des garages pour entretenir ceux-ci.

Jusqu’ici, les réseaux d’exo étaient surtout faits de lignes locales qui se rabattent sur des stationnements incitatifs. De là, partent ensuite des circuits express vers le centre-ville. C’est maintenant en bonne partie de la station Brossard que les bus partiront, à la différence que les tracés desserviront surtout les banlieues entre elles. Le REM se chargera d’amener les gens qui le souhaitent vers le centre-ville.

Un nouveau cadre financier

Le ministre Bonnardel a aussi annoncé lundi la mise sur pied prochaine d’un « cadre financier » 2023-2028 pour financer le transport collectif. Il s’agissait d’une demande émanant du milieu municipal. Québec veut ainsi donner « davantage de prévisibilité » à l’industrie, dont les finances et l’achalandage ont été durement mis à mal par la pandémie.

« Le gouvernement est bien conscient que le transport collectif a besoin d’un financement constant », a dit l’élu, réitérant toutefois que Québec « ne peut être seul » dans ce dossier, invitant « tous les paliers » de gouvernement et les sociétés de transport à emboîter le pas.

À l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), le directeur général Benoît Gendron a applaudi la nouvelle. « L’avenir est maintenant. Le financement prévisible et conséquent du transport collectif est un investissement pour le développement de la qualité de vie des gens, de la croissance de la productivité, de la lutte à la congestion et à l’étalement urbain… Il s’agit d’un dossier prioritaire que nous continuons de mettre de l’avant », a-t-il soulevé par écrit.

« Ça semble être un pas dans la bonne direction. Évidemment, il va falloir trouver de nouvelles sources de financement, mais on est satisfait qu’il y ait une volonté politique de travailler là-dessus », a avancé de son côté la directrice générale de Trajectoire Québec, Sarah V Doyon. Son organisme réclame depuis un moment déjà un « rééquilibrage » des investissements en transport collectif et routier, ce qui « ne demanderait pas de nouvelles sources de financement ».

L’impact du REM

À la mi-avril, exo avait prévenu que l’arrivée du Réseau express métropolitain (REM) sur la Rive-Sud de Montréal marquera un « grand changement » pour son réseau de bus, lesquels ne pourront plus emprunter le pont Samuel-De Champlain pour se rendre au centre-ville. Le groupe compte dit justement vouloir profiter de l’occasion pour redévelopper son offre entre les banlieues.