Une fillette en première année du primaire a fait une tentative de suicide après avoir été menacée sur WhatsApp. Une jeune fille, photographiée avec une arme à feu dans la bouche, a été vendue sur Snapchat, avant que la police intervienne. Un jeune a été enfermé dans une cage à chien sous la menace d’une arme, et sa photo a été relayée sur les réseaux sociaux par plusieurs utilisateurs.

Publié le 31 mars
Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

Ces trois évènements se sont produits à Montréal au cours des derniers mois, a révélé la sergente-détective Maya Alieh, spécialiste en cyberenquête au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Ils illustrent bien la glorification de la violence sur les réseaux sociaux et leurs dangers pour les jeunes, selon l’experte.

« On a 68 % d’augmentation des dossiers d’armes à feu sur les réseaux sociaux depuis 2021 [au SPVM], dit-elle. En 2018, on avait eu trois dossiers de personnes qui s’affichaient avec des armes à feu sur les réseaux sociaux. Depuis le début de l’année 2022, on est à 58 dossiers présentement. »

Maya Alieh a fait ces révélations jeudi matin, alors que s’ouvrait, dans le Vieux-Montréal, le deuxième volet du Forum montréalais pour la lutte contre la violence armée.

Le rôle des réseaux sociaux dans la banalisation de la violence est l’un des sujets abordés au cours de cet évènement, où les participants proviennent des milieux communautaire, scolaire, de la santé et de la sécurité publique.

Modèle montréalais

« Ce qu’on doit faire, c’est développer un modèle montréalais pour lutter contre la violence armée », a souligné la mairesse Valérie Plante, en donnant le coup d’envoi aux travaux de la journée. « Des jeunes sont morts dans les rues de Montréal. C’est intolérable et inacceptable. Nous devons trouver nos solutions, basées sur notre réalité. »

Deux jeunes, Abdellah Azzouz et Émile Tremblay, sont aussi venus dire qu’il fallait plus d’investissement dans les organisations communautaires et sportives, notamment, pour que les adolescents puissent s’occuper, développer un sentiment d’appartenance et trouver leurs passions.

« Pour plusieurs jeunes, la violence est devenue normale, ça fait partie de leur quotidien. Mais ce n’est pas normal que ce soit normal », a déploré Émile Tremblay, 16 ans, qui est un ami de Thomas Trudel, adolescent abattu en pleine rue dans le quartier Saint-Michel l’automne dernier.

« Il y a beaucoup de peur en ce moment, et quand on a peur, on s’achète une arme pour se protéger », a noté Abdellah Azzouz, intervenant au Forum Jeunesse de Saint-Michel.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Marco Mendicino, la ministre québécoise responsable de la métropole, Chantal Rouleau, et le chef du SPVM, Sylvain Caron, ont aussi réitéré l’importance de s’attaquer à la violence par armes à feu.

À la suite des travaux de la journée, des mesures concrètes doivent être annoncées par Valérie Plante.