Québec et Montréal confirment leur volonté de « protéger le caractère unique » du cœur du Quartier chinois de la métropole, qui sera classé patrimonial, incluant deux bâtiments emblématiques. Si le geste est bien reçu, des organismes préviennent toutefois qu’il faudra faire plus.

Publié le 24 janvier
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

La nouvelle a été annoncée lundi par la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, et la mairesse de Montréal, Valérie Plante. Les élues disent se baser sur « plusieurs recommandations » du Groupe de travail sur le Quartier chinois, qui avait été créé l’an dernier en marge de consultations publiques sur le Plan d’action pour le développement du Quartier chinois.

Les avis d’intention qui ont été déposés dans les derniers jours par la ministre visent essentiellement le « noyau institutionnel » du Quartier chinois, au sein du quadrilatère entre les rues Jeanne-Mance, Saint-Urbain, De La Gauchetière et l’avenue Viger Ouest. L’arche emblématique, qui se trouve à l’entrée du quartier, sera protégée. La zone patrimoniale inclura également l’édifice de la British and Canadian School et le site de l’ancienne manufacture S. Davis and Sons. Jusqu’ici, seuls l’église et le presbytère de la Mission-Catholique-Chinoise-du-Saint-Esprit étaient protégés.

COURTOISIE MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS

Pour « assurer un développement immobilier de façon harmonieuse », Mme Plante s’engage à « modifier le plan d’urbanisme » de la Ville pour « préserver les caractéristiques du Quartier chinois » et « mieux protéger ses bâtiments ». Elle compte aussi reconnaître l’ancien faubourg Saint-Laurent comme le « premier lieu historique identifié à Montréal ». Son administration proposera au conseil municipal « dans les prochains mois » d’adopter une modification au Plan d’urbanisme qui « réviserait » les hauteurs et les densités maximales permises pour « préserver l’esprit du Quartier chinois ». D’ici là, un « règlement de contrôle intérimaire » entrera en vigueur lundi pour « restreindre la réalisation de nouveaux projets » de construction.

« Ce règlement intérimaire vient faire un effet de gel, en attendant », a précisé le responsable des dossiers d’habitation au comité exécutif, Robert Beaudry. Il affirme que la modification au Plan d’urbanisme devra faire l’objet d’un premier vote, avant d’être soumise à l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM). « Une fois le rapport remis, le conseil municipal va revoter encore une fois, avec les ajustements qu’on aura entendus de la population », a-t-il dit.

COURTOISIE VILLE DE MONTRÉAL

Au-delà du patrimoine « matériel »

Pour plusieurs organismes, l’annonce de Québec et Montréal est « un premier pas significatif » qui devra toutefois être accompagné d’autres gestes. « C’est une première étape significative. Il faudra continuer sur cette lancée, avec la poursuite des analyses patrimoniales, la rédaction de critères de design spécifiques, la construction de logements abordables. Ainsi, nous pourrons assurer la protection du patrimoine immatériel », a prévenu en ce sens le membre du Groupe de travail sur le Quartier chinois Jonathan Cha.

Chez Héritage Montréal, la directrice adjointe des politiques, Taika Baillargeon, a insisté sur le fait « qu’il reste encore du pain sur la planche », mais qu’il y a là un « pas essentiel dans le bon sens ».

L’avocate May Chiu, qui est l’une des fondatrices du groupe Chinois progressistes du Québec, affirme aussi qu’il faudra « aller beaucoup plus loin » dans un second temps, le mandat patrimonial « demeurant très restreint ». « La communauté demande depuis longtemps la reconnaissance du patrimoine immatériel, c’est-à-dire notre culture, la protection des services pour les citoyens, bref le patrimoine vivant », dénonce-t-elle.

« On n’est pas un musée, on n’est pas des fossiles. C’est une communauté vivante. C’est pour ça que les gens viennent au Quartier chinois. Ça aussi, il faut le protéger », insiste MChiu.

Nathalie Roy, elle, affirme que « différentes mesures » peuvent être prises pour protéger ce patrimoine « immatériel », mais qu’il ne peut être « classé » comme tel par la loi. « Pour l’heure, aujourd’hui, on accorde la plus grande protection pour nous assurer de protéger ce quartier », a-t-elle soutenu, en évoquant toutefois la possibilité de futures « désignations » supplémentaires.

« Il reste encore beaucoup à faire pour freiner la spéculation immobilière dans ce secteur, je m’attends à plus d’action du gouvernement pour protéger ce milieu de vie attaqué de toutes parts. Je m’inquiète également de la protection de l’intérieur des bâtiments classés qui passe sous le radar. Il ne faut pas d’une protection uniquement de façade », a de son côté lancé la porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé.