Balarama Holness n’entend pas baisser le ton malgré la controverse suscitée par ses engagements sur la ville bilingue. En entrevue éditoriale avec La Presse, il avoue que sa « bataille » pour les enjeux linguistiques est une forme de « rébellion » contre l’oppression que subissent selon lui trop de minorités à Montréal.

Publié le 2 nov. 2021
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« On peut dire que ma bataille pour les enjeux linguistiques, c’est une rébellion contre le projet de loi 96, et contre le fait que nous ne sommes pas nécessairement acceptés dans le cadre démocratique à Montréal. Si vous ne voulez pas m’accepter, moi, je vais aller trois fois plus loin », lâche d’emblée le chef de Mouvement Montréal, à moins de cinq jours du scrutin.

Celui qui ne se « considère pas comme un politicien » estime qu’il peut être « le chevalier de l’intégration des nouveaux arrivants », en investissant dans le sport, les infrastructures récréatives et le verdissement des arrondissements. « En ce moment, ces chevaliers, ce sont les Mathieu Bock-Côté de ce monde. Et on fait juste rejeter les nouveaux arrivants », déplore-t-il.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Balarama Holness, chef de Mouvement Montréal

La norme mythique de ce qu’est un Québécois, c’est un Blanc francophone. Et si tu ne rentres pas dans ce cadre-là, tu es exclu.

Balarama Holness, chef de Mouvement Montréal

À Québec, « le gouvernement Legault est en train de légiférer sur des enjeux linguistiques qui ont un impact énorme sur notre métropole, mais Montréal doit être l’auteur de son destin », plaide-t-il, en faisant valoir que son idée de référendum sur le statut bilingue de la métropole vise justement à servir cette cause. Il voudrait aussi faire de Montréal une « cité-État », qui assume son rôle de moteur économique du Québec.

« Sur le long terme, je pense qu’on va avoir raison. On va valoriser et protéger la langue de Molière, mais aussi faire en sorte que les minorités linguistiques seront respectées. La langue française sera toujours supérieure au Québec, mais il faut cesser de faire en sorte que les minorités sont tellement réduites au silence qu’elles sentent [qu’on empiète sur] leurs droits », insiste encore M. Holness.

Coderre mis en cause

En joignant ses forces à Ralliement pour Montréal et Marc-Antoine Desjardins fin septembre, Balarama Holness espérait justement « reconnecter deux solitudes » en matière de langue. Il affirme aujourd’hui que l’abandon de ce mariage, confirmé à la mi-octobre, est en grande partie lié à Denis Coderre.

L’ex-joueur de football jure que même avant son union avec M. Desjardins, le parti de M. Coderre avait contacté ce dernier pour le recruter. Le chef de Ralliement pour Montréal aurait alors refusé l’invitation, avant de se tourner vers Mouvement Montréal pour « faire quelque chose d’historique ».

Après l’annonce de la fusion, Denis Coderre serait encore « revenu dans l’équation ».

[Denis Coderre] a contacté M. Desjardins et plusieurs autres de ses candidats, pour leur demander de se retirer, en leur offrant ça, ça et ça. Le parti de M. Coderre a un rôle à jouer [dans l’abandon de la fusion].

Balarama Holness, chef de Mouvement Montréal

« J’ai plusieurs preuves qu’Ensemble Montréal est continuellement en train de contacter nos candidats », avance-t-il encore, en laissant entendre que « quand vous voyez aux nouvelles qu’un candidat de Mouvement Montréal se retire », c’est en grande partie lié à l’ancien maire.

Dans les rangs de Denis Coderre, on dément cette accusation sur toute la ligne. « C’est totalement faux. Ensemble Montréal a simplement eu des échanges avec Marc-Antoine Desjardins avant qu’il ne dépose sa candidature comme maire », rétorque son attachée de presse, Élizabeth Lemay.

Pas de « terrain égal »

Exclu de plusieurs débats, Balarama Holness déplore que le « standard de démocratie » ne soit pas respecté dans cette élection. « La façon dont on nous a imposé tellement de portes fermées me fait dire que comme ville, démocratiquement, c’est la note de C- », fustige-t-il, en déplorant aussi avoir été ignoré par l’équipe de Tout le monde en parle (TLMEP), dimanche.

« On a pris des risques énormes dans cette campagne, parce que nous savions que ça n’allait pas être un terrain égal », avoue-t-il aussi, en déplorant qu’en bien des occasions, les médias l’aient aussi écarté.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Balarama Holness, chef de Mouvement Montréal

Chaque fois qu’on abordait des enjeux de base, c’était silence radio.

Balarama Holness, chef de Mouvement Montréal

Néanmoins, M. Holness assure que Mouvement Montréal « survivra » à ces élections, quoi qu’il arrive. S’il n’est pas élu maire, mais qu’un colistier lui permet d’accéder à un siège de conseiller, il promet d’ailleurs de faire de l’aménagement du territoire sa priorité pour réduire les inégalités.

« Il faut qu’on crée plus d’espaces pour encadrer les jeunes. Ça a un lien avec la sécurité, mais aussi avec l’intégration des nouveaux arrivants. Juste des espaces verts dans des arrondissements défavorisés, ça assiste l’intégration des personnes. Si tu commences à faire du sport, tu apprends le français, et tu as maintenant une fabrique sociale. Puis, tu t’intègres à la société », enchaîne le chef.

« Elle a une passe gratuite au niveau de son bilan. On n’a pas abordé les enjeux importants jusqu’ici », lance-t-il enfin à l’endroit de la mairesse sortante, Valérie Plante. Il compte dévoiler ses déclarations de revenus – ce qu’il n’a toujours pas fait – « quand Mme Plante sera autant transparente sur son bilan ». « Ne pas les dévoiler, c’est une façon pour moi de dire que je ne veux pas jouer à tous les jeux », conclut-il à ce sujet.