Une candidate de Denis Coderre s’est retrouvée au cœur d’un scandale financier et a même vu, en 2006, sa maison saisie pour rembourser des épargnants qui estimaient être victimes de fraude, a appris La Presse.

Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

Demetra Kostaredes, aujourd’hui candidate au poste de conseillère municipale dans Côte-des-Neiges, faisait partie des trois associés à la tête de KPLV, petite firme de placements financiers active dans la communauté grecque de Montréal.

Après son rachat par la firme torontoise IPC, en 2001, plusieurs investisseurs se sont rendu compte que l’argent qu’ils croyaient avoir placé par l’entremise de KPLV s’était volatilisé, selon les poursuites qu’ils ont déposées contre Mme Kostaredes et ses ex-associés. L’ex-hebdomadaire lavallois The Chomedey News – dont le lectorat grec était important – avait sonné l’alarme en décembre 2003.

IMAGE TIRÉE DU CHOMEDEY NEWS

Une du 6 décembre 2003 de l’ex-hebdomadaire lavallois The Chomedey News

La famille Vasilakos, qui exploite une entreprise de distribution de volaille, aurait ainsi perdu toutes ses économies – environ 870 000 $ – dans KPLV, indique leur poursuite contre la conseillère financière et ses ex-associés.

La poursuite a été réglée à l’amiable pour 550 000 $ en 2005, selon une copie de l’entente versée au dossier du tribunal. Mais comme Mme Kostaredes et ses ex-collègues n’ont pas acquitté cette somme dans le délai prévu, sa maison a été saisie et vendue sous contrôle de la justice pour permettre aux Vasilakos de toucher cet argent.

Dans le dossier d’un autre épargnant floué, un concierge qui avait réussi à mettre de côté 100 000 $, seul Leo Valkanas – un associé de Mme Kostaredes dans KPLV – a été condamné à rembourser, en 2009. Le juge Robert Mongeon a toutefois noté qu’« il est évident » que la conseillère financière était « au courant de l’implication de Valkanas, mais qu’[elle] [avait] choisi d’être vague quant à sa propre implication et à celle de Valkanas » dans son témoignage. Avec un troisième associé, « ils étaient des partenaires égaux dans toutes les affaires de KPLV et travaillaient ensemble », continue le juge.

L’Autorité des marchés financiers s’en mêle

Les autorités financières se sont aussi mêlées du dossier à partir de 2003. Les enquêteurs de l’Autorité des marchés financiers (AMF) ont ainsi déterminé que Mme Kostaredes avait « sollicité certaines personnes, leur conseillant de racheter les parts qu’elles détenaient dans des fonds communs de placement. Les sommes d’argent recueillies ont ensuite été transférées dans le compte bancaire » d’une société à numéro et placées dans une société aux Turks et Caicos, indique un communiqué de l’organisation publié à l’époque. Elle aurait aussi « effectué le placement de titres sans détenir l’inscription exigée » par la loi. Un juge administratif a d’ailleurs émis, à l’endroit de Mme Kostaredes, une ordonnance lui interdisant de faire des transactions avec la société des Turks et Caicos.

Fin 2003, IPC a lancé une poursuite de 7 millions contre Mme Kostaredes et ses associés, faisant valoir que la firme qu’ils leur avaient vendue était gangrenée par les problèmes. La poursuite a été réglée à l’amiable.

La présence de KPLV dans les actifs d’IPC a même fait capoter le rachat de cette dernière par la firme Dundee, parce que les problèmes à régler étaient trop nombreux.

L’aspirante conseillère municipale n’a jamais été accusée ou condamnée au criminel. Cette semaine, l’AMF n’était pas en mesure de préciser si son ordonnance de blocage avait été suivie d’une procédure disciplinaire.

« Une professionnelle très dévouée »

Depuis, Mme Kostaredes a changé la graphie de son nom. Demetra Kostaredes est devenue Dimitra Kostarides. C’est ce nom qui est inscrit sur les affiches électorales d’Ensemble Montréal, où elle figure aux côtés de ses collègues.

Mme Kostaredes continue à travailler dans le domaine financier. Elle est directrice des stratégies d’assurance chez SFL Gestion de patrimoine, un partenaire de Desjardins. Elle siège aussi au comité de discipline de la Chambre de la sécurité financière, l’organisme qui encadre les 32 000 conseillers financiers de la province.

« Dimitra Kostarides est une professionnelle très dévouée et motivée qui possède plus de 25 ans d’expérience dans le secteur des services financiers », indique sa biographie sur le site d’Ensemble Montréal. « Respectant les normes éthiques les plus élevées, Dimitra est membre d’un comité disciplinaire d’un ordre professionnel dont l’un des principaux objectifs est la protection et les meilleurs intérêts du public. »

Elle est aussi impliquée dans la communauté grecque. Elle présidait le conseil d’administration d’un foyer communautaire pour personnes âgées.

Vendredi, Ensemble Montréal n’a pas voulu réagir aux informations de La Presse. Demetra Kostaredes n’a pas rappelé La Presse.