Baisse d’achalandage, diminution de revenus, modèle à changer : l’arrivée de la pandémie a complètement bouleversé le monde des transports collectifs, particulièrement dans le Grand Montréal. Mais le visage de la mobilité dans la métropole promet néanmoins de changer dans les prochaines années.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

49 %

INFOGRAPHIE LA PRESSE

En août 2021, l’achalandage des différents réseaux de transport montréalais ne se situait qu’à 49% de ce qu’il était à la même période en 2019, c’est-à-dire avant la pandémie. C’est une amélioration notable par rapport aux premiers mois de confinement, mais le retour à la normale n’est pas envisagé avant 2035, soit dans plus d’une décennie, prévoit l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM). L’été dernier, l’organisation prévoyait déjà un déficit accumulé de 936 millions d’ici 2024 dans un scénario optimiste. En 2020, les revenus tarifaires pour l’ensemble des réseaux de transport collectif de la région métropolitaine étaient de 447,7 millions, soit un recul de 52 % par rapport à 2019.

Le REM gagne Montréal

La pandémie n’a pas freiné la progression des différents projets de mobilité dans la métropole. Le REM de l’Ouest, d’abord, fait l’objet depuis 2020 de travaux intensifs qui devraient s’achever en 2023. Ce segment comprend 27 stations sur 67 km. Le tracé aérien choisi par la Caisse pour le REM de l’Est suscite sa part de mécontentement, et certains craignent de le voir défigurer le centre-ville. Au cours de l’été, CDPQ-Infra a promis des bonifications au projet qui devraient sauver le parc Morgan, en plus de modifications à la station Contrecœur et au couloir Souligny. Un court tunnel de 500 m pourrait être construit au centre-ville, mais l’essentiel du « projet de référence » demeure. Le REM de l’Est prévoit 25 km de rails aériens vers la pointe est de l’île, qui parcourront entre autres les rues Notre-Dame et Sherbrooke Est, et un tunnel de 7 km à Montréal-Nord.

PHOTO PATRICK SANFACON, LA PRESSE

Fabrication d'un autobus hybride

300 autobus, une ligne rose ?

Sur le plan plus local, la livraison complète des 300 bus hybrides promise par l’administration Plante a été retardée à 2022. La commande a toutefois bien été faite en 2018, comme promis à l’époque par la mairesse sortante, mais il semble que la COVID-19 ait retardé leur arrivée. Une bonne partie de ces bus roulent déjà. En juin dernier, Québec et Montréal ont par ailleurs lancé les études préliminaires en vue de la construction d’une nouvelle ligne de « transport structurant » entre Lachine et le centre-ville de Montréal, que Valérie Plante voit comme le début de son projet de « ligne rose ». Entre le tramway, le service rapide par bus (SRB) ou encore un métro léger, la mairesse a déjà indiqué qu’elle préférerait la première option, mais rien n’est encore assuré, d’autant plus qu’aucune annonce n’a été faite pour le segment entre Montréal-Nord et le centre-ville. Dans l’Est, les travaux entourant le SRB Pie-IX continuent de progresser. Malgré quelques retards lors de la première phase du chantier l’an dernier, sa livraison complète est prévue en 2023. Le projet s’étendra sur 13 km entre la rue Notre-Dame, à Montréal, et le boulevard Saint-Martin, à Laval. Non loin de là, le chantier de la ligne bleue est aussi en cours et doit se terminer en 2026.

Le retour des bouchons

La reprise du travail en présentiel s’est faite principalement chez les entreprises de consommation, les usines, les manufactures. Eux circulent déjà et c’était déjà un marché qui n’utilisait presque pas les transports collectifs […]. Le gros du retour des usagers en voiture est donc déjà fait. On va s’apercevoir que la charge du réseau routier va augmenter un peu dans les mois à venir, mais pas autant qu’on pourrait s’y attendre. L’essentiel du retour se fera [alors] en transports collectifs. C’est tant mieux, puisqu’on est déjà proches de la limite de la capacité du réseau routier en heure de pointe.

Pierre Barrieau, expert en planification des transports à l’UQAM

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine

1,2 milliard

C’est le montant des investissements qu’a annoncés en avril dernier le gouvernement Legault pour réaliser une cinquantaine de chantiers routiers dans la métropole d’ici 2023. Cela inclut la réfection du tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine et la reconstruction de la chaussée en béton de l’autoroute 40. Il s’agit d’un nouveau record en matière de sommes investies. L’année précédente, Québec avait annoncé une enveloppe de 1,08 milliard pour le réseau routier montréalais d’ici 2022.

38 222

C’est le nombre de personnes qui ont utilisé la navette fluviale de l’entreprise Navark entre les mois de juillet et de septembre, pour se rendre de Pointe-aux-Trembles au Vieux-Port. La « navette fluviale », de son côté, ne semble donc pas pour l’instant avoir perdu de sa popularité, malgré la pandémie.

Quelques engagements des partis

Les promesses des partis en matière de transports collectifs s’accumulent depuis le début de cette campagne. La mairesse Valérie Plante s’est déjà engagée à implanter des laissez-passer à moitié prix pour les 12-17 ans et l’admission gratuite pour les mineurs dans les établissements muséaux de la ville. Denis Coderre, lui, a entre autres promis de moderniser le réseau de la STM, en permettant aux usagers de payer leur titre de transport au moyen d’une carte de crédit ou d’un téléphone intelligent dans les autobus et en implantant le réseau WiFi dans toutes les stations du métro. Balarama Holness prône de son côté la gratuité des transports collectifs pour tous les Montréalais de 25 ans et moins, une mesure qu’il souhaite implanter à court terme.