Denis Coderre promet de ne pas faire de favoris dans les dossiers du retour du baseball à Montréal ni du REM de l’Est s’il devient maire de Montréal, même si les promoteurs de ces projets lui ont fourni du travail après sa défaite de 2017.

Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

Dans une déclaration transmise à La Presse, sa campagne a fait valoir qu’« il se présente à la mairie comme un citoyen libre et autonome » qui ne doit rien à ses employeurs passés.

Selon une experte des affaires municipales, M. Coderre n’est pas en conflit d’intérêts dans ces dossiers, mais ses loyautés successives peuvent tout de même soulever des questions chez les électeurs.

Quelques mois après sa défaite de 2017, en avril 2018, Denis Coderre a créé une « société de gestion et de conseils », 9377-4750 Québec inc. À la même époque, il a commencé à travailler comme consultant pour Stingray, l’entreprise de l’homme d’affaires Eric Boyko.

M. Boyko est membre du Groupe de Montréal, comité informel d’hommes d’affaires qui travaille à ramener le baseball dans la métropole québécoise et qui avait appuyé la réélection de Denis Coderre en 2017. Il a retenu les services de celui-ci après avoir perdu son pari.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Eric Boyko, président-directeur général de Stingray, en 2018

C’est un vendeur. Il connaît toutes les compagnies du Canada. Il connaît tout le monde. […] Ça nous a permis vraiment de renforcer nos relations d’affaires.

Eric Boyko, président-directeur général de Stingray

L’homme d’affaires fait toutefois valoir qu’il ne discutait pas de baseball avec M. Coderre afin de faire de Valérie Plante son interlocutrice unique.

M. Boyko a confirmé à La Presse qu’il avait acheté environ 400 exemplaires du livre de Denis Coderre – sorti au printemps dernier – pour les distribuer à chaque employé de ses opérations montréalaises.

Alors qu’il travaillait pour consultant chez Stingray, Denis Coderre a aussi été nommé au conseil d’administration de la firme européenne Eurostar par la Caisse de dépôt et de placements, un important actionnaire. La Caisse, par l’entremise de sa filiale CDPQ Infra, construit et exploitera les deux phases du réseau express métropolitain (REM), un enjeu central du mandat du prochain maire de Montréal.

Maxime Chagnon, responsable des communications de la Caisse, a renvoyé La Presse aux déclarations passées de l’organisation sur cette nomination. « M. Coderre a une feuille de route impressionnante », notait-il au moment de sa nomination, en refusant de dévoiler la rémunération qu’en tirerait l’ex-maire.

En 2019, Denis Coderre a été embauché par la Fédération internationale automobile (FIA), un an et demi après que les controverses autour de la venue à Montréal de la Formule E – un championnat de la FIA – eurent plombé ses chances d’être réélu à la mairie.

« Aucune entreprise n’aura un accès privilégié »

Selon Danielle Pilette, experte des enjeux municipaux et professeure à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), les liens noués par M. Coderre dans le monde des affaires avant son retour à la politique ne constituent pas des conflits d’intérêts.

« Il n’y a pas de concomitance » entre son engagement politique et les liens financiers avec ces entreprises, un critère essentiel à la définition d’un conflit d’intérêts. « Mais c’est sûr que M. Coderre a été près des grands développeurs et il a la culture des promoteurs. »

Il y a certaines fonctions qu’il a occupées qui ne prédisposent pas nécessairement à avoir de la hauteur par rapport à certains sujets. Ça peut ne pas le prédisposer à faire prévaloir l’intérêt collectif. Ceci étant, ça ne veut pas dire qu’il y a un conflit d’intérêts.

Danielle Pilette, experte des enjeux municipaux et professeure à l’Université du Québec à Montréal

Mais selon l’équipe de Denis Coderre, ses engagements professionnels passés n’auront aucun impact sur la façon dont il gouvernera Montréal s’il est élu.

« Les activités professionnelles de Denis Coderre ont fait l’objet de dizaines d’articles dans les médias au cours des dernières années. Ses collaborations sont bien connues », a fait valoir sa porte-parole Élizabeth Lemay dans une déclaration écrite transmise à La Presse. La campagne n’a pas voulu dévoiler le montant de la rémunération tirée de l’entreprise de M. Boyko et de sa nomination par la Caisse.

« S’il est élu, il se conformera à toutes les dispositions du Code d’éthique, notamment en divulguant publiquement ses intérêts, a continué Mme Lemay. Aucun individu ni aucune entreprise n’aura un accès privilégié auprès du maire. »

En plus de ses engagements auprès de Stingray et d’Eurostar, Denis Coderre a aussi travaillé pour la Fondation de l’Hôpital général juif et comme lobbyiste pour l’entreprise audiovisuelle Felix & Paul Studios.