Un document controversé de la Commission scolaire English Montreal (CSEM), qui nie la nation québécoise, a fait réagir plusieurs élus mardi. Denis Coderre a d’abord exclu l’un de ses candidats vedettes Joe Ortona, qui est le président de la commission scolaire, pendant qu’à Québec, François Legault a condamné des propos « déconnectés ».

Mis à jour le 7 sept. 2021
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« C’est inacceptable. La protection de la langue française fait partie de nos valeurs fondamentales : nous l’avons démontré publiquement à plusieurs reprises, notamment avec notre demande pour la création d’un Conseil de la langue française. Je reconnais le Québec comme nation, tout comme notre formation politique. Le document de la commission scolaire English-Montreal, dont la présidence est assurée par M. Ortona, va totalement à l’encontre des valeurs de notre parti », a martelé Denis Coderre dans un communiqué mardi.

Son équipe précise par ailleurs que Joe Ortona « n’a jamais prévenu l’équipe d’Ensemble Montréal et son chef de ses intentions à l’égard de cette dernière prise de position ».

La candidature de M. Ortona comme conseiller dans le district de Loyola, dans Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, est donc écartée. C’est Gabriel Retta, qui était jusqu’ici directeur du cabinet de l’Opposition officielle, qui le remplacera.

Dans un document de la CSEM, qui veut contester le projet de loi 96 du gouvernement Legault sur le français, langue officielle du Québec, on groupe reproche notamment aux autorités de « réécrire unilatéralement la constitution pour reconnaître le Québec comme une nation où la seule langue est le français ». L’organisme demande au gouvernement fédéral de faire un renvoi devant le plus haut tribunal du pays pour qu’il se prononce sur sa légalité.

« Le Québec n’est pas une “nation”, peut-on lire dans le document. […] Ce n’est pas parce qu’on se prête une identité qu’elle devient nôtre. […] L’intelligentsia québécoise utilise délibérément le mot “nation” de manière à évoquer une réalité qui n’existe que dans son propre mirage. Le seul mot précis à utiliser pour définir la réalité du Québec est “province”. »

Le premier ministre François Legault n’a pas tardé à réagir. « Je pense que ce sont des propos qui sont déconnectés. Je regarde même au fédéral, on reconnaît que le Québec est une nation. J’étais content de voir Denis Coderre mettre à la porte son candidat qui vient de la commission scolaire English-Montréal. Je pense qu’ils sont déconnectés, c’est comme si ce groupe-là était devenu un groupe radical », a-t-il dit mardi.

Au cabinet de Valérie Plante, on s’attaque à Denis Coderre, en indiquant que la situation dans laquelle se retrouve celui-ci et son équipe « démontre bien leur double discours quant à la valorisation du français ». « Les propos méprisants sur le français de son candidat illustrent le manque d’intérêt de son équipe à défendre notre langue commune », affirme le directeur des relations médias, Youssef Amane.

Une erreur, admet la CSEM

Dans un communiqué, Joe Ortona, lui, a indiqué mardi que « bien que nous ayons des inquiétudes au sujet de la modification constitutionnelle proposée, nous avons commis une erreur en remettant en question le fait que le Québec est une nation ».

« Nous ne contestions pas le concept, mais nous voulons nous assurer que les Québécois anglophones sont considérés comme faisant partie intégrante de la nation. Ce concept n’est pas au cœur de notre opposition au projet de loi 96, et je recommanderai à mes collègues commissaires de modifier notre résolution et de supprimer les références à ce sujet », a-t-il indiqué.

Son groupe promet néanmoins de continuer « d’exhorter le gouvernement du Québec à retirer le projet de loi 96 ». « Je continuerai de m’exprimer en faveur d’un Québec inclusif où l’usage du français est promu. En même temps, je ne reculerai pas devant la promotion des intérêts et des points de vue des Québécois anglophones », écrit M. Ortona, qui se dit « déçu » par la décision de Denis Coderre de l’exclure. Il est d’ailleurs « en réflexion » quant à une potentielle candidature indépendante dans le district de Loyola.

Blanchet s’insurge

Depuis Ottawa, devant la Cour suprême, le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet a parlé d’une « insulte » pour la nation québécoise. « Quelle insulte. Je n’ai pas envie de relever la provocation de ça, mais les Québécois ont réussi à se faire reconnaître comme nation », a-t-il indiqué.

C’est l’une des pires insultes récentes à la nation québécoise. C’est une forme grave de mépris qui alimente le manque grossier de respect à l’endroit du Québec. Un mépris dont la littérature et les médias canadiens offrent presque chaque jour de troublants exemples.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Le député de Belœil-Chambly a du même coup demandé à ses adversaires, le libéral Justin Trudeau et le conservateur Erin O’Toole, de s’engager « très formellement » à ne pas contester l’éventuelle loi du gouvernement Legault si l’un ou l’autre forme le prochain gouvernement fédéral.

« Ce qu’on suggère, c’est un recul à 1974, quand le gouvernement libéral de Robert Bourassa avait d’abord fait adopter une loi établissant que le français était la langue officielle du Québec et, évidemment, la seule », a aussi dénoncé le bloquiste, en mentionnant du même coup que « ce sujet sera un invité de marque au débat de demain ». Il a aussi rappelé que la Chambre des communes a reconnu, « dans une motion appuyée par 281 députés sur 338 », la nation québécoise.

Avec La Presse Canadienne