Des centaines d’arbres ont l’air morts, sur le mont Royal. Victime d’une infestation de chenilles, l’emblématique montagne affiche par endroits une couleur brune complètement anormale à cette période de l’année. La plupart des arbres survivront, mais le phénomène risque de s’aggraver avec les changements climatiques.

Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Les arbres dépourvus de feuillage se comptent par centaines sur le mont Royal, depuis quelques semaines, notamment aux abords de la maison Smith et dans le secteur du lac aux Castors.

Visible de loin, cette défoliation massive causée par une infestation de chenilles spongieuses donne l’impression que d’importants pans de la forêt sont morts.

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Le problème touche particulièrement les chênes qui sont au sommet du mont Royal.

« C’est un phénomène spectaculaire, cette année », constate le professeur Jacques Brodeur, directeur de l’Institut de recherche en biologie végétale de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en lutte biologique.

Ça nuit à la beauté du paysage, mais, généralement, ces ravages ne vont pas tuer les arbres.

Le professeur Jacques Brodeur

La Ville de Montréal a reçu « énormément d’appels de la population », inquiète du phénomène, indique Anthony Daniel, conseiller en planification au Service des grands parcs, du Mont-Royal et des sports.

La chenille spongieuse peut s’attaquer à quelque 500 espèces végétales, mais elle apprécie particulièrement les chênes, qu’on retrouve en grand nombre au sommet du mont Royal, ainsi que les peupliers et les bouleaux, explique-t-il.

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La chenille spongieuse peut s’attaquer à quelque 500 espèces végétales.

Les ravages qu’elle provoque sur le mont Royal sont particulièrement visibles, mais ce ne sont pas les seuls.

« Dans beaucoup de grands parcs, il y a de la défoliation, c’est assez généralisé », dit Anthony Daniel, donnant l’exemple de mélèzes défoliés près du parc Maisonneuve.

Des ravages ont été observés à de nombreux autres endroits au Québec et en Ontario ; Mont-Saint-Hilaire a rapporté en juin qu’une « grande quantité » de chenilles avaient été observées sur la montagne.

Pas mortelle… pour l’instant

Contrairement à l’agrile du frêne, qui tue les arbres en s’attaquant aux tissus responsables du transport de la sève, la chenille spongieuse cause des dommages « plus esthétiques qu’autre chose », indique Anthony Daniel.

Les arbres sains survivront à l’attaque et referont des feuilles lorsque le « pic d’alimentation » des chenilles sera passé, généralement au début de juillet.

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Le « pic d’alimentation » des chenilles cesse généralement au début de juillet.

C’est pourquoi la Ville n’applique pas de traitement dans les milieux naturels, pour l’instant.

À court terme, il n’y a pas lieu de s’inquiéter.

Anthony Daniel, de la Ville de Montréal

Par contre, des infestations importantes qui se répéteraient quelques années consécutives pourraient avoir des conséquences beaucoup plus néfastes.

La Ville suit donc l’évolution de la chenille spongieuse et pourrait changer son approche si les infestations se répétaient.

Pire avec les changements climatiques

La chenille spongieuse est présente depuis plus d’un siècle au Québec, mais Montréal n’avait jamais connu de grande infestation comme celle qui a cours, indique Anthony Daniel, qui prévient que « ça pourrait changer » avec la crise climatique.

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Montréal n’avait jamais connu de grande infestation comme celle qui a cours.

La prolifération actuelle de la chenille est attribuable à l’hiver doux, qui n’a pas entraîné une aussi grande mortalité que d’habitude, et au printemps chaud et sec, qui a favorisé son développement et entravé celui des insectes et des champignons qui régulent d’ordinaire sa population, expliquent Anthony Daniel et Jacques Brodeur.

Le réchauffement de la planète « va créer des conditions climatiques encore plus favorables à la spongieuse [et] les dommages vont aller en grandissant », prévient Jacques Brodeur, de l’Université de Montréal.

La situation de la spongieuse est d’ailleurs « beaucoup plus critique aux États-Unis », où le climat lui est « plus favorable », fait-il observer.

Là-bas, les autorités ont recours par endroits à la pulvérisation aérienne d’insecticide pour freiner sa propagation, indique M. Brodeur.

Cette option s’offre également aux résidants aux prises avec une infestation de chenilles sur leur terrain.

L’insecticide biologique du bacille de Thuringe kurstaki (Bacillus thuringiensis ssp. kurstaki, appelé Btk), utilisé notamment contre la tordeuse du bourgeon de l’épinette, est aussi efficace contre la chenille spongieuse.

Espèce exotique

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Chenille spongieuse sur le mont Royal

La chenille spongieuse a un point en commun avec l’agrile du frêne : tous deux sont des espèces exotiques. « Ce sont deux insectes qui ne sont pas natifs de l’Amérique et qui y ont été introduits de façon accidentelle », explique le professeur Jacques Brodeur. Ils n’ont donc pas, ici, d’« ennemis naturels qui contrôlent leur population », ce qui explique leur prolifération fulgurante. Avec l’augmentation du commerce et du tourisme international, note-t-il, « on observe depuis 30 ou 40 ans [que] ce phénomène d’introduction grandit ».