Après l’adoption d’une motion visant à mettre sur pied un Conseil montréalais de la langue française, le conseiller qui est en l’instigateur demande à l’administration Plante de passer de la parole aux actes d’ici la fin du présent mandat. Il estime « essentiel » qu’un organisme documente le « déclin » du fait français dans la métropole.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« J’espère sincèrement que Projet Montréal va aller de l’avant avant la fin du mandat, ou du moins lancer une discussion publique sur la nature du Conseil. Si Denis Coderre est élu, je peux vous dire qu’on va le faire dès le début du mandat. Je n’ai pas déposé une motion pour rien », martèle le conseiller de Saint-Sulpice, Hadrien Parizeau, dont la motion a été adoptée la semaine dernière par le conseil municipal.

En avril, M. Parizeau avait annoncé qu’il se présenterait aux élections de novembre 2021 avec le parti de Denis Coderre, dont il faisait partie initialement, après avoir passé trois ans au comité exécutif de Valérie Plante.

Pour lui, tout est une question de « données empiriques ». « On a beau chialer sur le fait que c’est affiché en anglais dans tel magasin, ça reste une perception individuelle. Si on a des données probantes, on aura un impact plus grand et on pourra travailler avec le gouvernement à changer les choses. C’est ce que le Conseil va permettre », affirme celui qui est aussi le petit-fils de l’ancien premier ministre Jacques Parizeau.

C’est la normalisation de l’anglicisation qui devient de plus en plus difficile à accepter à Montréal. Bonjour-Hi, ce n’est même pas un vrai débat, c’est juste un aspect qui est devenu un symbole.

Hadrien Parizeau, conseiller de Saint-Sulpice

Si elle voit le jour, cette entité municipale laisserait d’abord la parole aux citoyens et aux experts, dit-il. « Son mandat serait de s’assurer qu’on ait des plans d’action forts sur la langue, dans l’institution, mais aussi sur l’intégration des nouveaux arrivants », poursuit le jeune conseiller, pour qui le plan d’action de la Ville, déposé en mars dernier, est une simple « feuille de promotions d’actions qui étaient déjà en cours ».

Un processus en cours

En plus du dépôt de ce plan d’action, l’administration Plante a nommé en juin 2020 une responsable de la langue française au comité exécutif en la personne de Cathy Wong, qui a récemment annoncé qu’elle ne sollicitera pas de nouveau mandat.

Au cabinet de la mairesse, on précise que c’est le nouveau commissaire de la langue française, dont la nomination n’a pas encore été révélée, qui sera chargé du dossier. « Dès que cette personne sera nommée, elle aura la responsabilité de suivre la mise en œuvre des mesures et recommandations du plan d’action de la Ville pour la promotion, la valorisation et la protection du français, notre langue commune. Il reviendra donc à cette personne de mettre le conseil sur pied », répond le directeur des relations médias, Youssef Amane.

Pour Hadrien Parizeau, « ce n’est pas normal que la Ville n’ait pas encore agi ou entamé de débats publics, alors qu’on parle d’une demande citoyenne forte, avec 18 000 signatures, qui date depuis des mois », argue-t-il, en faisant ainsi référence à une pétition lancée par trois Montréalaises, cet automne, qui réclamait justement la création de ce Conseil montréalais de la langue française.

« Les administrations successives se sont montrées peu enclines à garantir la pérennité du français à Montréal, se dérobant à la responsabilité qui leur incombe », lisait-on dans cette pétition.