L'intersection Berri et Ontario est toujours aussi risquée pour les vélos malgré les interventions de la Ville

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse


En l’espace d’une semaine, trois cyclistes ont été blessés dans deux accidents à l’intersection des rues Berri et Ontario. Depuis 10 ans, une trentaine d’accidents impliquant des vélos se sont produits à ce même endroit. Malgré les efforts de la Ville pour sécuriser les lieux au fil des ans, des cyclistes dénoncent toujours le caractère dangereux de l’intersection et réclament des changements.

Depuis 2011, le nombre de collisions à l’intersection s’élève à 35, selon les chiffres du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). L’année 2013 a été particulièrement difficile, avec un total de 6 accidents. Malgré des modifications pour sécuriser le coin en 2019, des cyclistes sont blessés chaque année depuis.

Cette année, le début du mois de juin a été particulièrement périlleux au coin des rues Berri et Ontario. En moins d’une semaine, deux collisions impliquant des cyclistes ont eu lieu à cette intersection, rapporte le SPVM. Le 7 juin, deux cyclistes sont entrés en collision et l’un a été gravement blessé. Six jours plus tard, un cycliste de 33 ans a été happé par un automobiliste. L’homme n’a eu que des blessures mineures, selon Jean-Pierre Brabant, porte-parole du SPVM.

Un trajet dangereux

« Cette intersection-là est particulièrement problématique », souligne Lëa-Kim Châteauneuf, une cycliste qui emprunte ce trajet chaque jour pour aller travailler. Elle-même a été heurtée à ce coin de rue il y a quelques années. « Sans arrêt, les voitures tournent et coupent la piste cyclable », remarque-t-elle. La cycliste s’étonne d’ailleurs qu’il n’y ait pas eu encore plus d’accidents graves ou de morts à ce jour.

Elle se souvient d’un matin en 2015 où elle circulait à vélo sur la piste Berri. Elle a alors remarqué un cycliste au coin d’Ontario qui peinait à se placer en attendant d’effectuer un virage sur la piste Berri. « Un autre cycliste descendait la côte Berri à ce moment. En essayant d’éviter l’homme qui attendait, il a voulu faire une manœuvre et a perdu le contrôle. Il a fait un saut périlleux. J’ai reçu son vélo sur moi. »

Heureusement, le vélo a encaissé le choc : la roue avant s’est brisée et le guidon a été tordu. Lëa-Kim Châteauneuf n’a eu que des blessures mineures au bras et à l’épaule. Elle estime avoir eu de la chance. Le cycliste qui a chuté s’en est tiré avec quelques ecchymoses. Mais ce n’est pas toujours le cas.

Dès 2010, la Ville de Montréal avait constaté le caractère dangereux de l’intersection. Elle a alors voulu sécuriser l’endroit. Une voie de virage à gauche et un feu du côté sud de l’intersection ont été ajoutés à cette fin. La réduction de la largeur des voies et la création d’un îlot entre la rue Berri et la piste cyclable du côté ouest ont aussi été mis en place, indique Marilyne Laroche Corbeil, relationniste de la Ville. Malgré tout, les accidents ont continué.

Neuf ans plus tard, Montréal s’est attaqué à nouveau à l’intersection dangereuse. La signalisation a été modifiée afin de clarifier l’interdiction de virage à droite en direction sud-ouest. Les feux ont aussi été programmés afin d’éviter les conflits entre les cyclistes et les automobilistes, explique encore la Ville.

Selon Jean-François Rheault, président-directeur général de Vélo Québec, la côte Berri, qui se termine rue Ontario, explique en partie pourquoi l’intersection est un point chaud. « À cause de la vitesse, c’est un endroit qui mérite un peu d’attention dans les aménagements », soulève ce dernier. Vélo Québec n’a toutefois pas émis de recommandations précises à ce sujet.

Des aménagements réclamés

Des espaces d’attente pour les vélos au coin de Berri et Ontario auraient permis d’éviter l’accident dans lequel Lëa-Kim Châteauneuf a été impliquée, croit cette dernière. « Ça fait des années que des militants réclament des aménagements cyclables dans la rue Ontario », souligne-t-elle.

Selon Simon Paquette, membre de l’Association pour la mobilité active de Ville-Marie, le problème est généralisé à toute la rue Ontario.

C’est dangereux pour tout le monde et ce n’est pratique pour personne.

Simon Paquette, membre de l’Association pour la mobilité active de Ville-Marie

La vitesse et la densité des voitures qui empruntent l’artère pour rejoindre le pont Jacques-Cartier expliquent en partie le caractère dangereux, selon lui. Il croit qu’un changement s’impose. « Que ce soit réduire la vitesse, le trafic ou aménager des espaces d’attente, quelque chose doit être fait », martèle-t-il.

À ce sujet, la Ville dit se pencher « précisément sur la question de l’apaisement de la circulation sur la rue Ontario ». Marilyne Laroche Corbeil de la Ville de Montréal a toutefois expliqué qu’il n’y a pas « d’aménagements cyclables prévus » pour le tronçon à l’ouest de la rue Atateken. Mais une réflexion est « en cours pour le futur de la rue Ontario [plus à l'est], entre Atateken et Papineau ».

Possible prolongement du REV

Chaque matin, la piste Berri fait partie du trajet de nombreux cyclistes qui veulent rejoindre le populaire REV de la rue Saint-Denis.

Pour Simon Paquette, la piste cyclable actuelle à deux sens « rend les dépassements très difficiles ». Une installation comme le REV, de part et d'autre des voies pour les voitures, serait plus sécuritaire, surtout en raison de l’accélération engendrée par la côte.

Par courriel, la Ville de Montréal a d'ailleurs indiqué que « l’axe Berri est effectivement identifié comme un possible axe REV », ce qui peut laisser croire à un aménagement revu dans un avenir plus ou moins proche.

Avec la collaboration de La Presse Canadienne et de Rafael Miró, La Presse