Julien Tanteri peut mesurer l’achalandage dans le parc voisin de chez lui à la quantité de papier hygiénique qu’il retrouve sur son terrain, et à l’odeur d’urine qui s’en dégage.

Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

Pour ce résidant du quartier Hochelaga-Maisonneuve, l’absence de toilettes publiques au parc Lalancette signifie que de nombreux visiteurs viendront se soulager dans sa cour.

Alors que les espaces verts de Montréal sont pris d’assaut depuis le début de la pandémie, certains n’ont toujours pas de toilettes publiques accessibles, ce que M. Tanteri trouve scandaleux.

« Dès que les parcs sont ouverts, il devrait y avoir des toilettes, c’est un besoin essentiel, déplore-t-il. Ce n’est pas parce que les toilettes sont fermées que les gens vont arrêter de faire leurs besoins. »

Exaspéré par le va-et-vient quasi continu derrière chez lui la fin de semaine, Julien Tanteri a téléphoné au 311 pour demander à l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve d’ouvrir les toilettes dans le chalet du parc Lalancette, ou d’installer des toilettes portatives.

Il dit avoir été reçu sèchement, et s’être fait répondre qu’une loi provinciale empêchait l’ouverture des toilettes publiques. On lui a proposé d’appeler la police.

À son poste de quartier, les policiers lui auraient suggéré de prendre des photos des contrevenants et de les leur transmettre, ce que M. Tanteri estime impossible et inutile.

De toute façon, il en veut à l’arrondissement plutôt qu’à ceux qui viennent se soulager chez lui.

Je trouverais ça triste que les gens se prennent une contravention parce qu’ils ont uriné, alors qu’ils n’avaient aucune autre alternative.

Julien Tanteri

« Mais moi, je ne peux pas passer l’été comme ça. Je prends mon café sur ma terrasse le matin et ça sent la m***. Ce n’est pas juste une question de propreté, c’est une question de salubrité ! », dit-il

À l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, on répond que des toilettes mobiles ont été installées dans plusieurs endroits de l’arrondissement, comme dans les jardins communautaires et dans les parcs Louis-Riel, Promenade-Bellerive, Liébert et Saint-Donat.

« Nos équipes évaluent actuellement la possibilité d’en ajouter prochainement dans d’autres parcs de l’arrondissement, tel le parc Lalancette », indique le responsable des communications, Vincent Fortin, ajoutant que le coût d’installation et d’entretien des toilettes mobiles a presque doublé depuis le début de la COVID-19 dans l’arrondissement.

Accessibilité variable

D’autres arrondissements ont aussi installé des toilettes portatives dans certains parcs où les toilettes publiques ne sont pas accessibles. Mais de nombreux petits parcs sont complètement dépourvus d’installations sanitaires.

La Ville de Montréal et les arrondissements n’ont pas reçu de demande de la Direction régionale de santé publique pour ouvrir les toilettes publiques dans les parcs.

Anik de Repentigny, porte-parole de la Ville de Montréal

La situation varie donc énormément d’un arrondissement à l’autre. À certains endroits, les toilettes ferment à 16 h ou à 17 h. De très grands parcs, comme le parc Frédéric-Back, n’ont des toilettes accessibles qu’à un seul endroit, avec un horaire limité.

Dans plusieurs parcs, on ouvre les toilettes des chalets seulement si elles ont un accès direct vers l’extérieur. C’est le cas dans Rosemont, où les toilettes intérieures de quatre chalets sont ouvertes seulement en présence d’animateurs ou de préposés à l’entretien afin d’éviter le vandalisme.

Dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, certaines toilettes ont dû être fermées en raison de bris ou de vandalisme. « Dans les derniers mois, cela a été le cas pour les toilettes des parcs Laurier [toilettes des femmes fermées pour réparation à la suite de vandalisme majeur], Baldwin [fermeture complète du chalet pour rénovations] et La Fontaine [bris de plomberie] », explique le responsable des communications de l’arrondissement, Michel Tanguay, qui assure que tous ces parcs ont maintenant des toilettes accessibles.

Dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, les toilettes des chalets de parcs sont habituellement fermées d’octobre à la mi-juin. « Toutefois, en raison du fort achalandage que connaît le parc Jarry depuis le printemps, l’arrondissement a déjà ouvert les toilettes de ses deux chalets. Des toilettes chimiques y ont également été ajoutées, tout comme au parc Villeray. L’arrondissement prévoit la réouverture, à la mi-juin, des toilettes de ses huit chalets de parcs », indique la porte-parole de l’arrondissement, Kathleen Lévesque.