« Libérez la Palestine ! Libérez la Palestine ! » Une foule monstre s’est réunie samedi à Montréal, devant le consulat général d’Israël, dans la foulée des affrontements qui s’intensifient depuis quelques jours au Proche-Orient, entre l’armée israélienne et les Palestiniens.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Ça me brise le cœur de voir ce qui se passe chez moi. C’est une guerre contre le droit humanitaire, tout simplement. Chaque jour, il y a de jeunes enfants et des familles qui meurent ou qui sont déplacés sans raison, qui perdent leur identité. Par nos mots, par nos gestes, il faut continuer le combat », lance Abdullah Hassan, un Palestinien arrivé au Canada avec ses parents à la fin des années 1980.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Manifestation devant le consulat général d’Israël à Westmount, samedi

Plusieurs de ses proches ont été contraints de quitter la Palestine pendant la guerre de 1948, puis d’autres pendant la guerre des Six Jours, en 1967. « Je suis venu ici en 1989. Et depuis mon jeune âge, mes parents ont fièrement représenté la culture palestinienne au Canada. Je suis fier d’être là aujourd’hui. On doit tous exprimer notre solidarité avec le peuple palestinien », insiste-t-il, non sans émotion.

« Est-ce que les Québécois accepteraient de se faire sortir du Québec à la tonne ? Jamais, et ce serait normal. On veut la même chose », martèle pour sa part May Hamade, une mère de famille aujourd’hui installée au Canada dont les grands-parents ont aussi vécu la guerre de 1948, en Palestine.

Mme Hamade est catégorique : le Québec est une terre d’accueil. « Ici, on se fait respecter, on se fait donner la paix. On peut travailler, on peut étudier, on peut devenir des humains. Mais en Palestine, ils n’ont pas ça. Ils n’ont pas le droit de vivre, de sortir, de grandir », insiste-t-elle.

On est ici pour dire que la violence contre les femmes, contre les enfants, contre tout le monde, ça doit cesser. C’est une manifestation pour la paix.

May Hamade, Montréalaise d’origine palestinienne

Un mouvement pour la libération

« Israël viole les lois internationales », « Palestinian lives matter », « Cessez de tuer des enfants », « Cessez l’occupation colonialiste », pouvait-on notamment lire sur les pancartes des milliers de manifestants, qui ont scandé des slogans à l’unisson pour la libération de la Palestine tout au long de la manifestation.

Dès 11 h, depuis le parc La Fontaine, une « caravane » de voitures a défilé dans les rues, en passant notamment devant le complexe Guy-Favreau, en plein centre-ville, pour se rendre jusqu’au Westmount Square, où se trouve le consulat général d’Israël. La marche a culminé au square Dorchester, sur le coup de 14 h.

« Nos frères et nos sœurs de Palestine perdent des enfants chaque jour. Et ce n’est pas nouveau. Ça fait des années que ça dure. On ne peut pas juste s’asseoir à la maison et regarder ça aller. On doit tous faire quelque chose », s’indigne Ali Syed, un manifestant rencontré dans la foule. Il appelle les « citoyens du monde », peu importe leur origine, à « faire entendre leur voix » et à exprimer leur solidarité envers le peuple palestinien. « C’est une crise d’abord humanitaire, et non celle d’un seul pays », soutient-il.

« Tout ça, c’est tellement injuste quand on sait que la communauté internationale, avec toutes ses ressources, serait capable d’arrêter l’occupation. S’il y avait de la volonté, ce serait facile. C’est injuste que tant de civils paient un prix aussi lourd », lâche un autre manifestant, qui n’a pas souhaité être nommé.

Nombre de manifestants ont aussi mentionné le mouvement #SaveSheikhJarrah, scandant ce slogan à de nombreuses reprises, en référence à ce quartier à majorité palestinienne de Jérusalem, administré par Israël depuis la fin des années 1960.

Pour un autre Palestinien qui s’est exprimé sous le couvert de l’anonymat, l’escalade militaire au Proche-Orient n’a « rien de nouveau ». « Notre peuple fait face à de la violence depuis des décennies. Les roquettes ne nous effraient même plus. C’est devenu une routine pour plusieurs. Tout ce qu’on veut, c’est la paix. Laissons vivre tout le monde ensemble, que vous soyez juifs, musulmans ou chrétiens. Le monde est pour tout le monde », dit-il avec force.

Sous haute surveillance

La manifestation s’est déroulée sous haute surveillance policière. Des dizaines de voitures et d’agents du SPVM étaient sur les lieux pour « encadrer le rassemblement et protéger les manifestants ». Un large périmètre de sécurité a d’ailleurs été établi dans le secteur par les autorités policières.

« Ça s’est somme toute bien passé. Des gens ont brisé une fenêtre au consulat d’Israël. Une personne a été arrêtée en lien avec l’incident. Sinon, à part des feux d’artifice lancés en l’air, la marche s’est déroulée dans le calme », a rapporté l’agent Raphaël Bergeron en fin de journée, alors que la foule rapetissait tranquillement, au square Dorchester.

La manifestation s’est soldée par quatre arrestations, a rapporté le SPVM en fin de soirée. Deux d’entre elles ont été détenues pour agression armée sur un policier. Une personne a été arrêtée pour méfait et une autre pour méfait sur policier. Les agents ont également interpellé deux personnes, la première pour usage de feux d’artifices et la deuxième pour avoir craché vers un policier. Par ailleurs, aucun constat d’infraction à la Loi sur la santé publique n’a été remis.

Dans les rues entourant le consulat, beaucoup de voitures klaxonnaient pour exprimer leur soutien à la foule. Beaucoup de gens avaient apporté des drapeaux de la Palestine.

À certains moments, des manifestants ont aussi dispersé de la fumée aux couleurs de la Palestine.

Avec Léa Carrier, La Presse