Pour mieux lutter contre la violence faite aux enfants, un nouveau module d’enquête sur les sévices et les morts de mineurs a été créé au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), a appris La Presse.

Caroline Touzin
Caroline Touzin La Presse

Auparavant, les dossiers de sévices contre des enfants étaient traités dans les quatre centres d’enquête répartis sur le territoire montréalais. Or, depuis fin septembre, le SPVM a décidé de regrouper ses enquêteurs au sein d’une même équipe chapeautée par la section des agressions sexuelles.

« L’idée est venue d’une réflexion sur la robustesse qu’on pouvait amener en regroupant les enquêteurs sous la gestion du commandant des agressions sexuelles, explique la commandante Isabelle Schanck en entrevue avec La Presse. Les regrouper facilite le transfert des bonnes pratiques ainsi que le soutien qu’ils peuvent avoir de leurs collègues aux agressions sexuelles. »

Le nouveau module est composé d’une dizaine de policiers supervisés par un lieutenant-détective. Ils suivent d’ailleurs la même formation spécialisée de quatre semaines que leurs collègues aux agressions sexuelles, entre autres pour apprendre à mener des rencontres avec de jeunes victimes.

« Lors de la rencontre avec un enfant, ça prend beaucoup d’empathie et d’écoute, car ce dernier doit lui-même verbaliser ce qu’il a vécu, explique la commandante du nouveau module d’enquête. Si on rencontre un enfant et qu’on lui demande : “Le véhicule était-il vert ?” Il répondra que le véhicule était vert. Vous comprenez qu’il ne faut rien lui suggérer. »

L’intérêt de l’enfant

Dans cette nouvelle équipe, les policiers ne carburent pas au nombre d’arrestations et de condamnations. Ils travaillent avec la Direction de la protection de la jeunesse, le Directeur des poursuites criminelles et pénales et le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels à déterminer ce qui est le mieux dans l’intérêt de l’enfant.

« Souvent, dans les belles enquêtes, le résultat, ce n’est pas une accusation, mais de s’être assuré d’avoir protégé l’enfant, de s’assurer qu’il est en sécurité et d’avoir accompagné la famille là-dedans », indique la policière qui compte 29 ans d’expérience. Quand les enquêteurs se retrouvent devant un parent « démuni », poursuit-elle, « une condamnation n’est pas toujours le meilleur résultat » pour l’enfant.

La commandante Schanck vante l’humanité de ses troupes.

De les voir pleins d’empathie et de bienveillance pour ces enfants-là, c’est un leitmotiv pour moi.

Isabelle Schanck, commandante du nouveau module d’enquête sur les sévices et les morts de mineurs au SPVM

La hantise de ces policiers, c’est qu’un drame comme celui de la fillette de Granby survienne de nouveau. « Être vigilant, être à l’affût de signes de maltraitance chez les enfants autour de nous, c’est important pour éviter des drames humains comme celui-là », affirme la commandante Schanck. Si un enfant de votre voisinage ne semble pas en sécurité chez lui, de grâce, alertez les autorités, demande-t-elle.

Locaux adaptés

Les enquêteurs du nouveau module auront la possibilité de rencontrer les jeunes victimes de mauvais traitements au centre Marie-Vincent – qui possède des locaux adaptés aux besoins des enfants – comme c’était déjà le cas pour les jeunes victimes d’agressions sexuelles. « C’est un gain », dit la commandante, car les jeunes s’y sentent plus à l’aise que dans un poste de police.

Ce nouveau module d’enquête s’occupe aussi des cas d’enfants morts de cause naturelle (maladies diagnostiquées ou encore mort subite du nourrisson). Ils font « l’expertise de la scène du décès » et si un élément leur semble suspect, ils confient le dossier à leurs collègues des homicides.

Comme ces policiers « vivent de grandes charges d’émotions » au quotidien, ils peuvent compter sur le soutien de psychologues au besoin.