(Montréal) Montréal dit vouloir aider à mettre sur pied un concurrent local aux géants de la livraison de nourriture comme Uber Eats, SkipTheDishes et DoorDash pour soutenir les restaurants en difficulté qui se remettent de la pandémie de COVID-19.

Jacob Serebrin La Presse Canadienne

Luc Rabouin, maire de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, a annoncé aux journalistes que Montréal fournira un financement de 500 000 $ pour aider à créer une coopérative ou un organisme à but non lucratif local qui pourrait concurrencer les grands services de livraison de nourriture. La Ville a lancé un appel d’offres et espère travailler avec des entreprises existantes, a-t-il ajouté.

M. Rabouin a déclaré que l’intention de la Ville était d’aider les restaurants en difficulté qui font face au coût élevé des services de livraison, ce qui, selon lui, peut augmenter une facture de mets à emporter de 30 %.

Le Québec a introduit un plafond temporaire de 20 % sur les frais de livraison en mars qui s’applique dans les régions où les salles à manger des restaurants sont fermées à cause de la pandémie.

La ville de Montréal n’est pas la seule à s’inquiéter des frais que les restaurants doivent payer aux applications de livraison tierces. En décembre, la Colombie-Britannique et l’Ontario ont temporairement plafonné les frais de livraison à 20 % du total de la commande d’un client, mais comme au Québec, le plafond en Ontario ne s’applique que dans les zones où les salles à manger ne peuvent pas accueillir de clients.

François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales à l’Association Restauration Québec (ARQ), un groupe de l’industrie, s’est dit favorable à l’initiative de la Ville. Les restaurants, a-t-il dit, s’attendent à commencer à payer 30 $ pour chaque 100 $ de mets qu’ils vendent sur des applications de livraison tierces une fois que les restrictions liées à la pandémie seront levées.

M. Meunier a déclaré que son organisation travaillait déjà avec des solutions de rechange locales aux applications de livraison tierces qui facturent des frais fixes – ce qui, selon lui, est meilleur pour les restaurants que des frais basés sur un pourcentage des ventes.

Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire d’analyse agroalimentaire de l’Université Dalhousie, a affirmé qu’il y avait eu des initiatives pour créer des concurrents à moindre coût pour les applications de livraison tierces dans d’autres villes canadiennes, bien qu’il s’agisse dans le cas de Montréal, croit-il, de la première dirigée par un gouvernement.

Mischa Young, professeur à l’Université de l’Ontario français qui étudie l’économie urbaine, a souligné que l’utilisation d’applications de livraison tierces avait augmenté pendant la pandémie et que les Canadiens ne cesseraient probablement pas de les utiliser par la suite.

Il a déclaré que les gouvernements devraient aider les restaurants à « s’adapter à cette nouvelle réalité » en soutenant les applications à but non lucratif.

Roberto Casoli, co-fondateur et chef de la direction de CHK PLZ, une jeune pousse montréalaise qui développe des logiciels pour les restaurants – y compris une plateforme de livraison – a dit croire que l’idée de Montréal est bonne, mais qu’il est « décourageant » que les entreprises à but lucratif ne soient pas en mesure de participer.

Selon M. Casoli, l’investissement de la Ville pourrait ne pas être suffisant pour construire une nouvelle solution assez rapidement.

« La concurrence avec Uber Eats, Skip et DoorDash est extrêmement difficile — 500 000 $, c’est une goutte d’eau dans l’océan », a-t-il déclaré.

Ouverture le 1er juin ?

La Ville a également annoncé qu’elle accorderait une subvention de 4 millions aux bars et aux restaurants. Ces entreprises pourront demander jusqu’à 25 000 $ pour construire des terrasses et faire d’autres préparatifs pour l’été. Les groupes de restaurants peuvent présenter des demandes conjointes jusqu’à concurrence de 50 000 $.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a dit espérer que les restaurants pourront ouvrir leurs terrasses le 1er juin si la situation de la COVID-19 dans la ville le permet.

Ce jeudi, le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, a partiellement écarté sa demande d’ouvrir des restaurants d’ici le début du mois prochain. Il a laissé entendre que l’idée de la mairesse était influencée par son désir de faire plaisir aux électeurs avant les élections municipales de novembre, ajoutant que les politiciens municipaux devraient « rester calmes ».

Mme Plante a indiqué aux journalistes vendredi qu’elle était entrée en contact avec M. Dubé et, bien qu’elle comprenne ses préoccupations, elle a déclaré que les restaurants avaient besoin de prévisibilité pour embaucher du personnel et acheter des fournitures.

L’ouverture de terrasses peut faire partie d’un plan de réouverture « progressive » des bars et des restaurants, a-t-elle ajouté.

Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses de Facebook et de La Presse Canadienne pour les Nouvelles.