Québec et Ottawa annoncent un investissement de 100 millions pour rénover 517 logements, dont certains actuellement barricadés, dans 10 HLM de Montréal, une somme cependant insuffisante pour répondre aux besoins, selon l’organisme qui représente les locataires de HLM.

Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

« C’est une annonce qui était attendue depuis longtemps, puisque quand je suis arrivée en poste, des centaines de logements dans les HLM étaient barricadés dans la métropole, alors que d’autres manquaient d’amour et avaient besoin de réparations très, très rapidement », a souligné Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation du Québec, mercredi, au cours d’une conférence de presse virtuelle, en compagnie notamment du ministre fédéral de la Famille, des Enfants et du Développement social, Ahmed Hussen.

« Il faut se réjouir de l’annonce d’aujourd’hui, mais nous savons que les besoins sont plus importants que ça », a cependant reconnu la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui participait aussi à la conférence de presse.

Mme Plante a rappelé que 25 000 ménages se trouvaient sur la liste d’attente pour un logement à l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM).

Selon la Fédération des locataires de HLM du Québec (FLHLMQ), les sommes annoncées mercredi sont largement insuffisantes.

« Il faudrait investir 400 millions par année pendant cinq ans, soit 2 milliards, pour répondre aux besoins dans l’ensemble du Québec », estime Robert Pilon, coordonnateur de la FLHLMQ, en entrevue téléphonique, qui souligne que de nombreux locataires vivent dans des logements en mauvais état qui ne sont pas rénovés faute de moyens.

« À Montréal, sur 20 000 logements en HLM, 10 000 ont la cote E, ce qui signifie qu’ils sont en très mauvais état, poursuit-il. Des familles vivent dans des logements insalubres, mais on ne peut pas les mettre dehors, il n’y a pas d’autres logements disponibles ! »

La ministre Andrée Laforest a indiqué que d’autres investissements, pour des HLM à l’extérieur de Montréal, seraient annoncés dans les prochaines semaines.

Un HLM mal en point et à moitié vide

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Le logement qu’occupe Diarietou Gakou est abîmé à plusieurs endroits. De l’eau s’est infiltrée par le plafond de la cuisine.

Diarietou Gakou, qui occupe avec son mari et trois de ses enfants un logement de six pièces et demie dans le HLM Les habitations Saint-André, dans le quartier Centre-Sud, espère que son immeuble sera rénové grâce aux sommes annoncées par les politiciens.

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Diarietou Gakou dans sa cuisine, où un mur a été recollé avec du ruban adhésif.

Elle nous montre, dans son appartement, un trou percé par le plombier dans le mur de la salle de bains, qui n’est pas réparé depuis plusieurs mois, un mur de cuisine recollé avec du ruban adhésif et des portes d’armoire qui ne tiennent presque plus.

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Un panneau de carton « bouche » un mur.

« L’immeuble a 50 ans, et les cuisines et salles de bains n’ont jamais été rénovées », souligne la présidente du comité des locataires, Tina-Lili Gagné.

Des balcons de béton, montrant d’inquiétantes fissures, ont dû être renforcés avec des poutres temporaires.

Près de la moitié des 110 logements de l’édifice sont inoccupés : les locataires ont été relogés dans d’autres HLM en raison de problèmes de moisissures, explique Mme Gagné. Certains sont vides depuis trois ans, mais aucune rénovation n’a été entreprise, faute de financement.

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Tina-Lili Gagné, présidente du comité de locataires des Habitations Saint-André

Les locataires qui restent doivent composer avec un autre fléau : des squatteurs qui s’installent dans les appartements vacants, en défonçant les portes, causant des dommages, de la saleté, et suscitant de l’insécurité pour les autres occupants.

« S’il s’agissait de viaducs qui étaient en aussi mauvais état, on n’accepterait pas la situation, on les démolirait. Mais ici, on parle de logements occupés par des familles, et on les laisse vivre dans de telles conditions », dénonce Robert Pilon.