Les résidants du Manoir Lafontaine, devenu un symbole de « rénovictions » aux yeux des militants pour le logement, ont d’abord reçu leurs documents d’expulsion en anglais seulement, une situation que les propriétaires ont éventuellement corrigée en soirée vendredi.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Les locataires ont reçu jeudi, par huissier, une copie des procédures entamées par leur propriétaire pour les évincer du bâtiment en vue de travaux majeurs. Ces documents sont tous en anglais, a dénoncé Nadine Freville, une des locataires.

« 98 % des gens [du bâtiment] ne parlent pas anglais, a-t-elle déploré. On méprise les locataires, les lois, la langue française. »

Les documents incluent les procédures devant le Tribunal administratif du logement (TAL) afin que l’organisme force les locataires à quitter le Manoir Lafontaine avant le 30 juin prochain. Les propriétaires se disent forcés d’agir par un rapport d’ingénieur. Ce rapport n’est pas annexé aux documents.

Dans une déclaration transmise à La Presse, les propriétaires avaient assuré que la version française de la documentation suivrait sous peu.

« Nos avocats nous ont fait savoir qu’ils avaient été contactés par une locataire se plaignant qu’une procédure qu’ils lui avaient adressée aurait dû l’être en français », indiquent les propriétaires. « Dès qu’informés de cette situation, nous avons décidé de faire parvenir à tous les locataires une traduction de ce document, laquelle sera distribuée aujourd’hui même. Nous avons aussi donné instruction à l’effet que toute future correspondance et procédure soit rédigée ou conduite en français. »

Mme Freville a confirmé avoir reçu les documents en français au cours de la soirée.

Le Manoir Lafontaine, un ancien immeuble de prestige face au parc du même nom, appartient à Brandon Shiller et Jeremy Kornbluth. Ceux-ci possèdent un parc immobilier d’au moins 800 appartements à Montréal, gérée à travers la compagnie Hillpark Capital. Le mois dernier, leur entreprise a annoncé à tous les locataires de l’immeuble – qui paient souvent des loyers très modérés – qu’ils devraient quitter l’endroit afin de permettre des rénovations majeures.

L’entreprise de MM. Shiller et Kornbluth n’a pas rappelé La Presse, pas plus que les deux cabinets d’avocats qui la représentent.

Le Tribunal administratif du logement (TAL) n’a pas immédiatement rappelé La Presse.

La CORPIQ et la Ville s’échangent des flèches

Par ailleurs, vendredi, la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) s’en est prise directement à la mairesse de Montréal, Valérie Plante, accusant celle-ci de « multiplier » les sorties médiatiques pour faire mal paraître les propriétaires.

« La mairesse Plante, qui dessine elle-même une crise du logement, a empiré les choses. Son administration a diffusé sans relâche dans les médias des messages disant aux locataires de se trouver un nouveau logement avant d’annoncer au propriétaire qu’ils libéreront le leur. Cela crée une rareté », a fustigé le porte-parole de l’organisme, Hans Brouillette, dans une lettre ouverte publiée dans plusieurs médias, dont La Presse, accusant l’élue « d’inventer une crise du logement pour se faire réélire ».

Sur Twitter, la mairesse n’a pas tardé à réagir, affirmant que la crise de l’abordabilité « est réelle ». « Le nier est irresponsable. Les petits propriétaires, dont je suis, sont l’épine dorsale du logement abordable à Montréal et font partie de la solution. Leurs représentants devraient faire de même », a-t-elle rétorqué.

« La classe moyenne doit être mieux représentée. Montréal est plus abordable que d’autres grandes villes, elle doit le demeurer. Tous les Montréalais ont droit à un logement de qualité, à un prix raisonnable », a-t-elle aussi martelé, en plaidant qu’il en va d’une question de « bon sens ».