La solution aux campements installés par des sans-abri passe par l’implantation de maisons de chambres permanentes, selon Denis Coderre, candidat à la mairie de Montréal.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

M. Coderre est allé rencontrer mardi des occupants du campement installé dans le bois Steinberg, dans Hochelaga-Maisonneuve, où une douzaine de tentes ont été plantées au cours des dernières semaines.

« Il faut trouver une solution permanente à l’itinérance », a lancé le candidat à la mairie, qui avait convié les médias sur les lieux. « Il faudrait acheter des maisons de chambres ou les louer à long terme. Avec 30 chambres, on réglerait le problème des campements comme celui-ci. »

Des occupants du campement ont cependant souligné qu’ils s’y étaient installés par choix et qu’ils avaient l’intention d’y passer l’été.

« Ici, on ne dérange personne, on n’a pas de voisins. On ne décollera pas tant que le propriétaire du terrain ne nous demandera pas de nous en aller », affirme Simon C., rencontré dans sa tente sur le site.

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Simon C., un des campeurs

« On aurait juste besoin d’un peu d’aide, d’avoir de l’eau, de l’électricité et des toilettes », renchérit Marie Larocque, dont la tente est installée non loin. « Il y a plein de choses qu’on peut construire ici, on veut même faire un jardin. Il faudrait juste que la police arrête de nous stresser en venant surveiller. Qu’on nous laisse tranquilles jusqu’à l’automne. »

Mais selon Denis Coderre, ce n’est pas possible.

C’est clair pour moi qu’on ne peut pas avoir des campements comme ça. C’est une situation qui me trouble. On ne veut pas entretenir l’itinérance, on veut mettre fin à l’itinérance.

Denis Coderre

Quand il propose des maisons de chambres comme solution pour loger les sans-abri, il ne s’agit pas d’une promesse électorale, assure-t-il. « Je demande à la Ville d’agir maintenant ! », lance-t-il, appelant la mairesse Valérie Plante à s’inspirer de ses idées.

« Je trouve qu’on n’en fait pas assez. On a une attitude attentiste, on dit toujours que c’est la faute des autres, qu’on n’a pas assez d’argent d’Ottawa ou de Québec. Il faut plutôt regarder ce qu’on peut faire comme métropole, il y a des mesures qu’on peut mettre en place », laisse-t-il tomber, décochant des flèches à Mme Plante, qui est son adversaire en vue des élections municipales de novembre prochain.

Denis Coderre était accompagné sur le site du campement par deux conseillers municipaux de son parti, Ensemble Montréal : Karine Boivin-Roy, qui a annoncé qu’elle sera candidate à la mairie de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, et Benoit Langevin, porte-parole en matière d’itinérance. Il avait aussi invité des représentants d’organismes œuvrant auprès des sans-abri.

Valérie Plante dit avoir créé plus de logements

L’administration Plante n’a pas tardé à réagir.

« Au 31 mars 2021, on a développé 1089 unités pour personnes en situation d’itinérance (habitées, en construction, à l’étape des plans/financement confirmé). Nous avons dépassé notre cible de 950 de 14 %. Sous le mandat Coderre, il s’est créé seulement 800 logements, soit près de 300 logements de moins que notre administration, et notre mandat n’est pas fini. Notre administration en a créé 36 % de plus », a indiqué la porte-parole de Valérie Plante, Catherine Cadotte, dans une déclaration envoyée par courriel.

Elle a aussi souligné que l’administration de Projet Montréal avait adopté des règlements dans les arrondissements pour protéger les maisons de chambres.

« Aucun arrondissement du parti de l’ex-maire [Denis Coderre] n’a pris la peine de réglementer en ce sens. Dans les arrondissements centraux dirigés par Projet Montréal, c’est maintenant impossible de changer la vocation des maisons de chambres. De plus, nous finançons leur rénovation à l’intérieur du programme AccèsLogis. L’ex-maire n’a jamais démontré de leadership sur cette question et ses élus devraient protéger les maisons de chambres des rénovictions. »

Les terrains du boisé Steinberg appartiennent en bonne partie au ministère des Transports du Québec, mais Hydro-Québec est en voie d’en acquérir le tiers pour un projet de poste de transformation.

Des citoyens du secteur s’opposent toutefois au projet d’Hydro-Québec et demandent que le boisé soit conservé intact pour les marcheurs qui le fréquentent.

C’est le cas d’Anaïs Houde, qui a participé avec un groupe d’utilisateurs du site à une corvée de nettoyage, il y a quelques jours. Ils ont rempli de déchets un conteneur, payé avec l’aide du député de Québec solidaire Alexandre Leduc, qui représente la circonscription voisine d’Hochelaga-Maisonneuve.

« On se mobilise pour la protection de cet espace. Les campeurs ont aussi participé aux efforts pour nettoyer les lieux », dit Mme Houde.

Pendant que se déroule la joute politique, les campeurs de la rue Hochelaga s’installent de mieux en mieux et reçoivent de plus en plus de dons de la part de bons Samaritains.

« C’est une belle place, on se croirait sur un vrai terrain de camping », a souligné Guylain Levasseur, lors de sa rencontre avec Denis Coderre devant sa petite roulotte. « Si je peux passer l’été ici, je serais bien heureux. »