Les routes de la métropole ont-elles la vie moins dure ? Chose certaine, la Ville a recensé environ 30 % moins de nids-de-poule à Montréal en 2020. Et cette tendance risque de se poursuivre en 2021, croient les autorités municipales.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« On est passé de 175 000 nids-de-poule en 2019 à environ 120 000 pour 2020. C’est un écart vraiment significatif », explique le porte-parole administratif de la Ville, Philippe Sabourin. En 2018, ce chiffre était de 199 000 et en 2017, il avait dépassé la barre des 200 000.

En janvier 2021, 8462 nids-de-poule ont été traités, ce qui démontre « qu’on s’inscrit dans la même tendance » de diminution, précise M. Sabourin. Il souligne qu’à ce stade, les données pour les mois de février et de mars ne sont pas encore comptabilisées.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette baisse, dit le fonctionnaire. « Il n’y a pas eu beaucoup de cycles de gel et de dégel. Ce sont entre autres ces phénomènes qui causent une infiltration d’eau dans le sol et engendrent la formation de nids-de-poule, quand l’eau gonfle puis se dégonfle et que l’asphalte se retrouve dans le vide au passage des voitures », explique-t-il.

Depuis le début de 2021, le nombre de signalements citoyens pour demander le colmatage de nids-de-poule a aussi chuté. Entre janvier et mars 2020, on en recensait plus de 1800, mais pour la même période en 2021, à peine 550 demandes ont été faites à la Ville.

Au-delà de Dame Nature, les travaux d’entretien sont aussi responsables de cette diminution, croit Philippe Sabourin. « On fait de plus en plus d’interventions de scarification et de resurfaçage, qui viennent redonner une durée de vie à la chaussée, en la scellant et la prémunissant contre les nids-de-poule. Cet entretien, c’est certain qu’il porte ses fruits », insiste le porte-parole.

Des défis de taille demeurent toutefois pour s’assurer que cette baisse du nombre de nids-de-poule persiste, alors que le trafic reprend graduellement son niveau d'avant à Montréal. « Le plus dur pour les chaussées, c’est le nombre de véhicules lourds. Pandémie ou pas, on a sensiblement le même nombre d’autobus et les livraisons à domicile ont grimpé en flèche, donc il y a plus de camions en ville », rappelle M. Sabourin.

L’été prochain, pour « donner de l’oxygène » aux citoyens, Montréal reportera le tiers de ses « grands chantiers », tel que l’a promis plus tôt la mairesse Valérie Plante. Elle estime que la mesure réduira les nuisances de 40 %. Cela dit, les travaux de resurfaçage « continueront », promet la Ville, qui ambitionne de diminuer encore davantage la présence de nids-de-poule.

Un phénomène « plutôt exceptionnel »

Pour le météorologue d’Environnement Canada André Cantin, 2021 augure bien de ce côté. Il constate également cette différence marquée au chapitre des épisodes de gel et de dégel, ou de forte pluie à Montréal. « L’absence ou la faible fréquence de ces deux phénomènes, on peut dire que c’est plutôt exceptionnel. Normalement, c’est un facteur important dans la formation de nids-de-poule », illustre-t-il. De surcroît, la neige reçue à Montréal « est davantage restée au sol cet hiver », analyse le météorologue.

Montréal n’a eu presque aucune pluie en janvier, alors que normalement, il en reçoit beaucoup. Tout ça explique aussi probablement le fait qu’il y aura moins de nids-de-poule. Il n’y a pas eu de fonte majeure.

André Cantin, météorologue chez Environnement Canada

Côté précipitations, le mois de mars est calme jusqu’ici à Montréal. « On voit des chutes de neige de 36 cm en temps normal, mais cette année, on a eu à peine 2 cm », insiste André Cantin. À ce jour, la métropole a reçu 197 cm depuis le début de l’hiver, si on inclut la pluie verglaçante et le grésil, d’après des données de la ville-centre. La moyenne des 40 dernières années à ce chapitre est d’environ 173 cm. Cinq opérations de chargement ont déjà eu lieu, pour un total de 10 millions de mètres cubes ramassés, l’équivalent de 10 Stades olympiques.

Le ménage dans Ville-Marie

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Un balai mécanique a nettoyé l’avenue De Lorimier.

L’arrondissement de Ville-Marie a entamé mercredi son grand ménage du printemps, avec l’arrivée des camions « balais-brosses », afin de nettoyer les bordures de chaussée.

« Tranquillement, tous les autres arrondissements vont s’y mettre. En avril, on sera environ 800 employés. On commence tôt cette année parce qu’on a les conditions météo pour le faire, mais on s’ajustera. On trouvait important de ne pas perdre une minute », précise Philippe Sabourin.

Selon ce dernier, la relance économique de Montréal « passera aussi par sa propreté ». « On veut vraiment faire en sorte que la ville soit attirante pour la population », conclut-il.