Exit les pauses syndicales prises en commun, les départs de multiples convois au milieu de la nuit et le covoiturage. Montréal a dû adapter ses opérations de déneigement à la COVID-19, avec une crainte en tête : une éclosion virale en pleine tempête, une ville paralysée à la clé.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Depuis le début de l’hiver, l’élu responsable du déneigement à la Ville de Montréal, Jean-François Parenteau, est de bonne humeur. La météo a été plutôt stable, ce qui facilite le ramassage de la neige, et son service a pu éviter toute éclosion.

L’été et l’automne derniers, pendant qu’il planifiait l’hiver imminent, l’élu était moins souriant.

« Je dois avouer que j’avais une énorme crainte par rapport à la saison de déneigement. Déjà, c’est complexe, l’hiver à Montréal », a-t-il récemment confié à La Presse, devant la mairie de l’arrondissement de Verdun.

La crainte, c’était une éclosion majeure qui serait venue paralyser les opérations. C’était un vrai danger. Quand on fait du chargement, le délai est important. C’est [aussi] une question de sécurité publique.

Jean-François Parenteau, élu responsable du déneigement à la Ville de Montréal

M. Parenteau craignait aussi « qu’on n’ait de la difficulté avec le remorquage à cause d’un trop grand nombre de voitures stationnées parce que les gens travaillent de la maison ».

Points de départ multiples

Pour se prémunir contre le virus, un encadrement ferme des cols bleus (et des sous-traitants) a été mis en place : les employés sont organisés en bulles à l’intérieur desquelles ils peuvent travailler et se reposer. Mais les contacts entre ces groupes sont interdits. L’idée, « c’est de toujours circonscrire les possibilités de contamination », a dit M. Parenteau. « Le risque est vraiment au niveau de l’éclosion. S’il y a une éclosion, tu perds ton équipe », mais pas l’ensemble du personnel d’un arrondissement, par exemple.

L’adaptation est parfois difficile. Les employés ont l’habitude de se rassembler avant le départ des opérations ; ils doivent maintenant se donner des points de rendez-vous séparés. Certains arrondissements utilisent même des chalets de parcs et d’autres installations municipales comme points de ralliement pour les employés.

« Traditionnellement, l’agent de stationnement montait avec le conducteur de la remorqueuse pour donner des contraventions. Maintenant, il ne peut plus », continue le maire d’arrondissement.

Pas d’éclosion, moins de remorquages

Jean-François Parenteau brosse jusqu’à maintenant un bilan positif de la saison : non seulement aucune bulle n’a été compromise par un cas de COVID-19, mais les Montréalais ne semblent pas oublier leur voiture dans la rue, malgré le télétravail.

En chiffres absolus, on a moins de remorquages cette année que l’an dernier à la même date, alors qu’il y a plus d’autos et plus de gens.

Jean-François Parenteau, élu responsable du déneigement à la Ville de Montréal

M. Parenteau craignait un scénario « catastrophique » où des milliers de Montréalais auraient oublié leur auto dans la rue puisqu’ils ne l’utilisent plus.

Montréal permet maintenant aux automobilistes de reprendre leur case de stationnement juste après le passage du convoi de chargement – même si la période d’interdiction n’est pas terminée –, ce qui peut avoir contribué à faire diminuer le nombre de constats d’infraction distribués. « Les gens vont faire un tour du bloc pendant l’opération et reviennent après l’opération », a-t-il expliqué.