Alors que le tunnelier du Réseau express métropolitain (REM) progresse à 30 mètres sous terre, l’inquiétude et la frustration grandissent chez Aéroports de Montréal (ADM) quant au financement de la station à Montréal-Trudeau, selon nos informations.

Publié le 26 janv. 2021
Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

Le tunnel avance, mais la possibilité qu’il ne soit jamais utilisé reste sur la table. Le financement du projet de 600 millions est toujours loin d’être bouclé, au point où l’entité qui administre l’aéroport se dit « dans une impasse » et évoque la possibilité de mettre le projet sur la glace indéfiniment. Elle est privée d’une grande part de ses revenus par la pandémie de COVID-19.

Le gouvernement provincial s’était d’abord montré ouvert à venir à la rescousse d’ADM, avant de faire volte-face. Québec fait valoir qu’il s’agit d’une infrastructure fédérale.

La Presse a toutefois appris que le financement de 55 millions accordé quelques semaines plus tard par le même gouvernement au Port de Montréal — aussi une infrastructure fédérale — pour son projet à Contrecœur avait fait sourciller chez ADM.

Québec plaide que les deux dossiers ne sont pas liés.

Menace de « suspendre le projet de façon indéfinie »

ADM devait payer sa propre station du REM, mais a fait savoir en juin dernier que l’effondrement du trafic aérien avait plombé ses finances au point de la rendre incapable d’assumer un tel projet.

« Dans l’état actuel des choses, ADM ne voit toujours pas comment elle pourrait assumer les coûts associés à la station, estimés à 600 millions, sans déroger à sa mission première d’autorité aéroportuaire qui l’oblige à investir pour assurer la sécurité de ses installations », a réitéré la porte-parole Anne-Sophie Hamel dans un courriel, précisant que l’organisation demandait un prêt, et non une subvention.

Force est d’admettre que nous nous trouvons dans une impasse. Nous ne souhaitons pas avoir à nous rendre à un point où nous aurons à suspendre le projet de façon indéfinie.

Anne-Sophie Hamel, porte-parole d’ADM

Après avoir laissé flotter la possibilité qu’il s’acquitte de la totalité de la facture, le gouvernement fédéral a récemment annoncé un programme de 500 millions sur quatre ans pour financer des projets comme celui-ci. L’enveloppe est toutefois destinée à l’ensemble des aéroports canadien et ne pourra donc pas couvrir la totalité des coûts de la station du REM. À Ottawa, on espérait que Québec assume une partie des coûts.

« Le soutien du gouvernement provincial est absolument essentiel et nous croyons qu’il devrait revenir sur sa décision », a fait valoir Mme Hamel.

PHOTO FOURNIE PAR LE REM

Le tunnelier du REM, qui porte le nom d’« Alice »

« Aucun lien »

Au cabinet du ministre provincial des Transports, François Bonnardel, pas de mouvement. Le financement de 55 millions accordé au Port de Montréal pour son expansion à Contrecœur ne doit pas être comparé à ce dossier, a fait valoir l’attachée de presse Florence Plourde : « Les deux [projets] n’ont aucun lien. »

« L’argent donné au projet Contrecœur fait partie d’une enveloppe dédiée au transport maritime à laquelle le port est admissible, a-t-elle indiqué. Le gouvernement fédéral y met également beaucoup d’argent. »

En ce qui concerne la station du REM à l’aéroport de Montréal, aucune confirmation de montant du fédéral n’a été faite.

Florence Plourde, attachée de presse du ministre provincial des Transports, François Bonnardel

Chez ADM, on souligne toutefois que « des rencontres de travail avec des fonctionnaires du ministère [provincial] de l’Économie [ont été tenues] depuis le mois de juin, que les modalités d’un prêt avaient été convenues et que le statut de l’aéroport a toujours été le même ».

CDPQ Infra, le promoteur du REM, n’a pas voulu formuler de commentaires.

Le tunnelier doit creuser sur trois kilomètres pour relier l’aéroport de Montréal au reste du réseau du REM, sous des zones industrielles et sous les pistes d’atterrissage. Il a jusqu’à maintenant percé 277 mètres de terre et commence ces jours-ci à creuser le roc.

Le raccordement de l’aéroport Montréal-Trudeau au centre-ville de Montréal constitue l’une des principales raisons d’être du REM, projet de train léger de 67 km lancé en 2016 par la Caisse de dépôt et placement du Québec.

IMAGE FOURNIE PAR AÉROPORTS DE MONTRÉAL

Le projet de station du REM à l’aéroport Montréal-Trudeau

Un trou de 700 mètres

Ce n’est pas la première fois que la station du REM à Montréal-Trudeau fait la manchette. Il y a deux ans, de nombreuses critiques se sont fait entendre quant à l’absence de lien prévu entre la station du REM et la gare ferroviaire de Dorval, 700 mètres plus loin. Cette dernière accueille des trains de VIA Rail, mais aussi le train de banlieue Vaudreuil-Hudson. Ottawa a investi 2 millions pour trouver la meilleure façon de combler cet écart, mais aucun choix final n’a encore été annoncé.

Le REM en quatre dates

Avril 2016

La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) annonce son intention de faire construire et d’exploiter un réseau de métro léger sur rail qui relierait le centre-ville de Montréal à Brossard, à Laval et à l’aéroport Montréal-Trudeau. Le projet, appuyé par le gouvernement Couillard, est qualifié de « partenariat public-public ».

Avril 2018

La construction du projet commence, après l’attribution du gigantesque contrat au consortium NouvLR. Le groupe, notamment formé par les firmes SNC-Lavalin, Pomerleau et Aecon, devra bâtir les 67 km de rails et les 26 stations du réseau.

Décembre 2020

CDPQ Infra annonce qu’elle souhaite bâtir un deuxième réseau de métro léger sur rail reliant Pointe-aux-Trembles et Montréal-Nord au centre-ville. Le « REM de l’Est » doit permettre de revitaliser d’anciens quartiers industriels en cours de décontamination.

Printemps-été 2022

Le segment Rive-Sud du REM devrait être inauguré. Fin 2020, la Caisse de dépôt a affirmé que les travaux avaient pris six mois de retard, notamment à cause de la COVID-19 et de problèmes dans la réfection du tunnel centenaire qui passe sous le mont Royal.