L’un des derniers ruisseaux à avoir survécu à l’urbanisation de l’île de Montréal a été pollué par des milliers de litres d’essence après une bête erreur humaine, la semaine dernière, à Dorval.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Un livreur de carburant a pompé 20 000 litres d’essence dans un réservoir d’huiles usées d’une capacité de 5000 litres au garage du locateur d’autos Enterprise, à la limite des terrains de l’aéroport Montréal-Trudeau.

C’est une citoyenne qui a remarqué des traces d’hydrocarbure dans le ruisseau Bouchard, qui passe tout près.

« La source du déversement a été déterminée le 6 janvier », a indiqué Frédéric Fournier, du ministère de l’Environnement.

Le surplus de milliers de litres d’essence qui ont débordé du réservoir (logiquement entre 15 000 et 20 000 litres) « s’est dirigé sur le terrain voisin de l’aéroport de Montréal, pour ensuite emprunter son système d’égout pluvial et se jeter dans le ruisseau Bouchard », a indiqué M. Fournier. « Toutefois, la quantité exacte d’essence rejetée dans le milieu hydrique reste indéterminée. »

Le ruisseau Bouchard est l’un des derniers à n’avoir été ni asséché ni totalement canalisé avec le développement urbain de Montréal. Il traverse des terrains de l’aéroport, des secteurs industriels et un quartier résidentiel avant de se jeter dans le Saint-Laurent à quelques centaines de mètres de l’hôtel de ville de Dorval. « Son bassin versant mesure près de 9,1 km2 et est imperméabilisé sur 55 % de sa surface », selon un document municipal.

Son état, extrêmement précaire, inquiète depuis longtemps.

Nettoyage et surveillance

Le déversement de la semaine dernière n’améliorera pas son état.

Une fois le problème découvert, une intervention s’est mise en branle, à laquelle ont pris part notamment les pompiers de Montréal, les services environnementaux de la Ville de Montréal, une entreprise privée de pompage et le service Urgence-Environnement du ministère de l’Environnement.

L’aéroport de Montréal a aussi envoyé des équipes. Elles ont « offert leur collaboration lors de l’opération de pompage », a indiqué la porte-parole Anne-Sophie Hamel, qui précise que les activités de l’aéroport n’ont pas été touchées.

La firme Enterprise a ouvert une enquête sur l’incident, qui s’est produit près de l’intersection de la Côte-de-Liesse et de la rue Jean-Paul-Laframboise.

« Nous sommes attristés par cet accident et nous travaillons en étroite collaboration avec tous les acteurs impliqués — ainsi que l’entreprise qui livre l’essence — afin d’en comprendre les détails, a indiqué la porte-parole Lisa Martini. Des efforts ont été déployés pour contenir la situation. Nous continuons à travailler pendant que nos efforts d’enquête et de nettoyage continuent. »

Les autorités provinciales suivront le dossier de près.

« Urgence-Environnement s’est assuré que les travaux de récupération d’essence se poursuivent tant et aussi longtemps qu’il y avait présence du contaminant, a indiqué Frédéric Fournier. Ces travaux se sont poursuivis jusqu’en fin de journée le 7 janvier. À noter que la Ville effectuera un suivi terrain concernant le ruisseau Bouchard jusqu’au printemps et s’il y avait constatation de contamination, les travaux requis seront exigés. »